‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 29 sur 171 · Œuvres complètes, I. p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, I. p

PSYCIIOLOGŒ Dl<: SAINT-SIMON ol

ont été, c'est qu'ils devaient être. « Il y aura, dit Saint- Simon, un beau travail philosophique à faire quand la réconciliation entre MM. de Redern et Saint-Simon sera opérée. Ce travail consistera à généraliser les rapports qui ont existé entre les deux philosophes, à convertir ces observations en principes et à déduire de ces principes une théorie ^. » Puis il s'essaie brièvement à cette généralisation. Deux individus nés dans le môme lustre, organisés l'un pour la pratique, l'autre pour la spéculation, sont, pense-til, destinés à se lier lorsqu'ils se rencontrent entre vingt et trente ans ; ils doivent rester liés tandis qu'ils examinent les principes connus, puis se brouiller quand ils choisissent leur voie, pour se réconcilier enfin quand la maturité arrive, et mettre en commun le résultat de leur expérience. Saint- Simon et Redern vont logiquement se rapprocher.

Or, par un concours de circonstances vraiment merveilleux, il se trouve que l'œuvre qui s'impose aujourd'hui au génie philosophique, la coordination des sciences positives, exige une imagination ardente et un jugement sain, qualités d'esprit qu'un seul homme ne saurait réunir, mais quepossèdent isolément Saint-Simon et Redern.

On voit combien, en pareille occurrence, leur réconciliation va être féconde. A eux deux, ils vont enfin édifier un système philosophique et organiser le pouvoir spirituel.

Sous cette forme systématique et naïvement déductive, c'était en réalité une part de mission et de gloire que Saint- Simon offrait contre une part de fonds ; il avait la certitude de ne pas léser son associé, de lui offrir môme le plus avantageux des marchés, et cette certitude doublait son assurance.

Aussi considère-t-il la réconciUation comme imminente, et, la passion aidant, s'exalte-t-il de plus en plus.

Il se rend à Alençon d'où il écrit à Redern des lettres philosophiques et sentimentales; il lui montre la grandeur,

, i. Œuvres complètes,!, 106.

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l'utililé, la beauté de l'œuvre qu'ils doivent écrire ensemble : VHistoire du passé et de l'avenir de l'intelligence humaine ; il lui parle en termes mystiques de leur amitié future, de ce temps heureux oii ils vivront confondus dans la même mission et dans le même amour. « Je ne puis vous exprimer, lui dit-il, combien je me trouve heureux depuis que j'ai conçu la formation d'un être moral composé de votre âme et de la mienne, amalgamées de manière à former un tout homogène... »

... « J'ai passé hier une journée délicieuse, j'étais dans une situation difficile à décrire, c'était une extase pendant laquelle je jouissais de la satisfaction pure de moi-même, de nous-mêmes ; il y avait dans mes sensations quelque chose de transcendant, quelque chose de divin... Prenez, mon ami, dans notre être commun votre part de jouissance... Lisez dans le grand livre de l'avenir, découvrez-y les remèdes aux maux qui affligent dans ce moment toute l'humanité ^ ^>

Cette lettre extravagante et qui semble témoigner d'une exaltation mystique assez marquée, est suivie, contre toute attente, d'une critique très pénétrante et très philosophique de Condorcet, par laquelle Saint-Simon comptait sans doute commencer l'histoire de Tintelligence humaine et qu'il adressait à Redern pour avoir son opinion.

Mais Redern ne fut pas séduit, semble-t-il, par cette idée d'une collaboration scientifique et philanthropique ; il dut même se montrer froid, comme on peut en juger par les lettres suivantes de Saint-Simon. « Je n'ai pas dormi celle nuit, écrit-il, je ne dors plus, mais le désespoir ne m'a pas gagné. Du pain, les livres indispensables, une chambre, voilà tout ce que je vous demande. Songez combien je serai malheureux à Alençon jusqu'à ce que j'aie reçu votre réponse- ». Et plus loin : « Voilà trois nuits que je n'ai

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