Œuvres choisies, II
humaines auront appris la physiologie pendant le cours de leur éducation, ils ne considéreront plus alors les problèmes qu'ils auront à résoudre que comme des questions d'hygiène*. »
La philosophie tout entière deviendra positive, puisqu'elle n'est que la généralisation des sciences, depuis raslronomie jusqu'à la physiologie. Elle a été conjecturale et métaphysique tant que les sciences ont été conjecturales ; elle n'est encore qu'à moitié positive parce qu'une partie des connaissances humaines, la psychologie et la physiologie, restent infectées d'esprit conjectural. Rendez la physiologie et la psychologie positives, unifiez le savoir humain, et toute la philosophie devient positive du même coup.
La religion n'étant que la traduction pratique et morale des idées philosophiques, la réorganisation du système scientifique doit entraîner nécessairement une réorganisation du système religieux.
Le personnel, le clergé catholique, devra être renouvelé pour les mômes raisons et remplacé par un clergé de savants.
Toutes ces réformes demanderont beaucoup de travail et de temps, mais Saint-Simon ne désespère pas d'en tracer le programme complet dans l'espace de douze ans ; aussi annonce-t-il déjà toute une série de mémoires, un sur la philosophie, un autre sur la réorganisation du clergé, un dernier sur la réorganisation nationale. Il ne les écrira d'ailleurs pas, mais on voit maintenant pourquoi le Mémoire sur la Science de niomnie devait être, dans sa pensée, la clef de voûte du système positif.
Pour faire entrer la physiologie dans les programmes d'instruction publique, pour lui donner le rang qu'elle mérite j)armi les sciences positives, il ne faut pas seulement la doler d'une méthode ; il faut encore déloger les malhémali-
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ciens de la place trop élevée qu'ils occupent dans renseignement et dans l'opinion au grand détriment des physiologistes et des psychologues capables d'idées plus générales et d'innovations sociales utiles. à l'humanité. Et Saint-Simon, par la voix de Burdin, arrange les mathématiciens de belle manière : « Brutiers, leur crie-l-il, infînitésimaires, algébristes et arithméticiens, quels sont vos droits pour occuper le poste d'avant-garde scientifique? L'espèce humaine se trouve engagée dans une des plus fortes crises qu'elle ail traversées depuis l'origine de son existence ; quels efforts faites-vous pour terminer cette crise, quels moyens avezvous de rétablir l'ordre dans la société humaine ?... Quittez la direction de l'atelier scientifique; laissez-nous réchauffer son cœur qui s'est glacé sous votre présidence et rappeler toute son attention vers les travaux qui peuvent ramener la paix générale en réorganisant la société ^ »
Mais tout ceci n'est que l'introduction du Mémoire sur la Science de lllomme. Saint-Simon doit enfin aborder la synthèse physiologique qu'il a promise.
Il parlait tout à l'heure de coordonner les travaux de Vicq d'Azyr, de Cabanis, de Bichat et de Condorcet ; or il ne paraît pas avoir connu ceux de Cabanis et de Bichat et, finalement, il se borne à un examen critique des ouvrages de Vicq d'Azyr.
Cet examen est extravagant dans la forme ; la plupart du temps c'est Vicq d'Azyr qui parle, comme plus haut Burdin, exposant les idées de Saint-Simon bien plus que les siennes et faisant allusion à des faits qu'il n'a certainement pas connus ; il en résulte une grande confusion. Toutefois on peut, conformément à la pensée de Saint-Simon, distinguer ici un essai de synthèse biologique et un essai de synthèse sociale.
Dans la synthèse biologique Saint-Simon est extrêmement