Œuvres choisies, II
faible; mal informé, désireux d'appliquer sa vieille théorie des solides et des fluides, il aboutit, quoi qu'il en ait, à la plus fantaisiste et à la plus conjecturale des physiologies.
Dans la synthèse sociale il est beaucoup plus intéressant.
Il admet, après Gondorcel, que, pour être complètement connu, l'homme ne doit pas être étudié seulement dans l'individu mais dans l'espèce et que cette espèce est soumise à une loi de développement formant série naturelle.
Puis, conformément à ces principes, il étudie la série naturelle des progrès de l'esprit humain et il y distingue douze termes, depuis l'homme primitif jusqu'à nos jours.
Cette série intellectuelle est symbolique de toutes les autres, puisque pour Saint-Simon, comme plus tard pour Comte, le progrès scientifique détermine toutes les autres formes du progrès.
Quant à la loi générale qui gouverne toute la série, elle est encore comme une ébauche historique de la loi des trois états.
Socrate, que Saint-Simon charge de nous l'exposer dans une sorte de discours prophétique, divise en trois périodes l'histoire de l'intelligence humaine : une période polythéiste ou préliminaire qui va des temps primitifs jusqu'à lui, une période déiste ou conjecturale qui va de lui jusqu'à nos jours et une période positive qui ne fait que de commencer.
A son avis, c'est un seul philosophe qui doit être chargé d'organiser le système positif, de même que lui seul a organisé le système déiste, « car, dit-il, la combinaison des pensées de plusieurs personnes ne pourrait pas former une conception dont le caractère fût unitaire '. »
Ce philosophe positiviste Socrate ne les nomme pas — à quoi bon? — mais il annouce h ses disciples qu'il reparaîtra sous ses traits. Ce n'est pas qu'il croie à la métempsycose, et qu'il pense ressusciter en personne ; mais il prévoit l'ap-