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nisation sociale, objet primitif et essentiel de mes recherches. Mais je me suis aperçu à temps de lirapossibilité d'établir jamais une loi positive et coordinatrice dans cette philosophie ^ »
il a donc laissé de côté ici toutes les rêveries Scientifiques qu'on voyait poindre déjà dans les Lettrea d'un habitant de Genève ;\\ n'a pas essayé de codifier toutes les lois naturelles en quelques pages de déduction, et, au lieu de s'adresser, pour le gouvernement des hommes, à celte chose abstraite et morte qu'est la science ou la philosophie, il s'est adressé aux savants et aux philosophes « envisagés sous le rapport positif de leurs fonctions dans la société- ».
Il avait cru d'abord que, pour conduire les hommes, les savants avaient besoin d'un bréviaire scientifique, et il avait audacieusement tenté de l'écrire ; aujourd'hui, assagi par l'expérience, plus à môme de juger la complexité du problème, il renonce à exprimer en quelques formules la vie sociale et cosmique, et il appelle simplement les savants à la direction des hommes.
Bien mieux, il ne réserve pas aux seuls savants de cabinet le nouveau pouvoir spirituel ; il leur associe, dans le grand parlement, les meilleurs des négociants, des magistrats, des administrateurs, c'est-à-dire tous ceux qui ont prouvé leur supériorité non seulement dans la connaissance abstraite mais dans la conduite de la vie.
Enfin, au lieu de bâtir un système dans le vide, il regarde cette fois autour de lui ; il cherche à s'instruire dans les faits et, bien qu'il les tire encore à son système en les déformant quelque peu, c'est vers la constitution anglaise, source de gloire et de force, qu'il a sans cesse les yeux tournés.
Augustin Thierry est-il pour quelque chose dans ces chan-
d. Notice /iis/onçue t/e FoMCHffZ, Collection Enfantin, I, p. 49. 2. Notice historique de Fournel, Collection Enfantin, I, p. 49.
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gemenls? — Nous l'ignorons, et nous ne devons pas oublier qu'âgé alors de vingt et un ans il devait nécessairement subir plus d'influence qu'il n'en exerçait. — Si Saint-Simon a changé l'orientation de sa pensée, c'est donc très vraisemblablement en vertu d'expériences et de réflexions personnelles.
Mais si ce changement constitue un progrès pour ce qui concerne l'intelligence des faits et des nécessités pratiques, on ne peut nier qu'il constitue dans l'histoire de la pensée de Saint-Simon une nouvelle forme de faillite. Évidemment le but reste le même ; Saint-Simon ne renonce pas à son idée fixe et veut toujours constituer un pouvoir spirituel; cependant négliger la science et s'c\dresser aux savants, associer à ces savants des négociants et des magistrats c'est reconnaître implicitement que la direction politique est chose d'intelligence et d'expérience personnelle, non de science certaine, et c'est en somme proclamer, après beaucoup d'erreurs et de fantaisies, une vérité banale et profonde.
Malgré le caractère chimérique des projets qu'elle contenait, la brochure de 1814 eut un plein succès ; Saint-Simon dut en donner deux éditions en l'espace d'un mois ; il en adressa un exemplaire au tzar avec une lettre, écrivit, aussitôt après, deux articles dans le Censeur, et il se croyait sans doute à la veille de réorganiser la France et l'Europe, lorsqu'il fut dérangé dans ses plans par la rentrée sensationnelle de Bonaparte.
11 redoute alors de voir ses réformes compromises et il écrit contre lui un manifeste des plus violents. « Un homme, dit-il, se présente à nos frontières qui, pendant dix années, a désolé la France par tous les excès du despotisme militaire' » ; le reste est j\ l'avenant, et ces violences pourraient paraître excessives et môme pas très dignes, après les flatteries que nous avons citées, si nous n'avions affaire à un réformateur, un homme fatal, qui n'a jamais songé à flatter
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les puissants par bassesse, mais simplement à se servir d'eux ou à les écarter, suivant qu'ils étaient utiles ou nuisibles à sa mission.
Viennent les Cent Jours; Saint-Simon est nommé bibliothécaire à l'Arsenal par Carnot, ministre de Tlnlérieur ; il ne se rallie pas cependant à la politique de Bonaparte et, le 18 mai, toujours obsédé de son même rêve, il publie avec Augustin Thierry une nouvelle brochure, où il préconise encore une alliance anglaise comme le seul moyen pratique de triompher de la coalition.
On devine le succès que pouvaient avoir, près de l'Empereur, de pareilles propositions, un mois avant Waterloo.
Après la rentrée des Bourbons, un nouveau progrès, sinon une orientation nouvelle, s'opère dans la pensée du réformaLeur.
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Ce qui a caractérisé jusqu'ici Saint-Simon dans ses multiples essais de réformes, c'est qu'il n'a jamais prétendu être révolutionnaire ni même novateur au sens ordinaire des mots; il sait parfaitement qu'il ne suffit pas de raisonner juste pour trouver la formule des sociétés futures et qu'on n'organise pas par la seule logique un régime social. L'objet qu'il se propose est à la fois plus modeste et infiniment plus compliqué ; il a appris de Condorcet qu'on peut tirer de la connaissance historique du passé la prévision de l'avenir et il veut préparer cet avenir en l'organisant. L'évolution, penset-il, a sa marche propre que rien ne saurait arrêter oumodifier, mais que les philosophes peuvent hâter s'ils en ont, au préalable, pénétré les lois.
L'histoire est donc, pour un réorganisateur, la science par
excellence, et Saint-Simon, très conscient du rôle qu'il lui fait jouer, la célèbre en maint endroit comme la source de toute réforme efficace et profonde. « Il n'y a, dit-il, de possible, ou au moins de durable, que ce qui n'est ni au-dessous ni au-dessus de l'état actuel de la société, que ce qui n'est pas intempestif. C'est là ce qui fonde la principale utilité des considérations historiques, car ce n'est que par l'observation philosophique du passé que l'on peut acquérir une connaissance exacte des éléments du présent'. »
Ce qu'on appelle utopie c'est un système qui va contre l'histoire et par suite contre l'avenir ; ce qu'on appelle une réforme utile c'est une réforme qui va dans le sens de l'histoire et par suite du progrès humain. — La politique, science du gouvernement, est à peine différente de la physiologie sociale ou science de l'espèce humaine et de ses progrès. La première ne consiste guère qu'à conduire l'humanité conformément aux lois de son développement normal que la seconde nous fait découvrir. Assurément on ne peut nier que, jusqu'à ce jour, l'humanité ait marché sans l'histoire ; elle ne pouvait faire autrement puisque le progrès est fatal, mais elle marchait dans la nuit et lentement et sans savoir où elle allait; elle avançait « à reculons dans la voie de l'avenir ». Par l'histoire elle marchera désormais devant elle et dans la lumière.
Aussi Saint-Simon n'a-t-il jamais rien voulu bâtir hors de l'histoire. Nous l'avons vu, dès sa jeunesse, « désireux d'étudier la marche de l'esprit humain, pour travailler ensuite au développement de la civilisation », et s'il s'est attaché sans répit à fonder l'autorité morale de la science c'est que, depuis la Réforme protestante et la Uenaissance, l'histoire lui a montré la décadence progressive de l'Eglise romaine et le développement également progressif du nouveau pouvoir.