‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 41 sur 171 · Œuvres compttUi'x, lU. 13'JliO · texte numérisé non relu

Œuvres compttUi'x, lU. 13'JliO

Ce qui fait la puissance de cette philosophie positive qu'il défend et qu'il croit représenter aujourd'hui, ce n'est pas seulement sa logique intrinsèque; c'est surtout d'être historiquement nécessaire après la période théologique et la période métaphysique que l'humanité vient de traverser.

Mais l'ancien régime comportait, avec le pouvoir'spirituel de l'Église, le pouvoir temporel de la féodalité, et Saint-Simon est persuadé que l'existence et l'équilibre de ces deux espèces de pouvoirs est une condition de bonheur et de vie pour les sociétés humaines. Quel sera le nouveau pouvoir temporel qui gouvernera le monde de concert avec la science?

A cette question l'histoire va lui permettre encore de faire une réponse précise. Elle lui fera voir un pouvoir nouveau, le pouvoir industriel, vivant et croissant depuis plusieurs siècles à côté du pouvoir féodal, en attendant de le dominer.

Née au moyen âge sous la protection de l'Eglise et des seigneurs, l'industrie s'est développée bien avant la Révolution ; elle a créé, dès le xui" siècle, des communes riches et libres, elle a fait au xvni" siècle cette bourgeoisie puissante qui a triomphé en 1789. Sous l'Empire, elle a eu ses hommes d'action comme Lenoir, Oberkampf et Jac(juart, ses théoriciens comnxe Say.

Depuis la chute de l'Empire elle a été un moment arrêtée par les quelques mois de trouble qui ont signalé la rentrée des Bourbons, mais, dès 1816, elle reprend de toute part, et la France, appauvrie par la guerre, cherche sa richesse dans le travail.

Et, tandis que l'industrie progresse, des publicistes et des économistes défendent les droits de ce nouveau pouvoir ou le conseillent.

Chaptal montre dans V Industrie Française que l'industrie manufacturière et l'industrie agricole doivent s'unir et s'entr'aider ; Laborde, dans son livre sur l'Esprit d'association^ cherche dans le travail agricole, manufacturier ou coranaer-

cial, le principe de Tordre social. « Le travail, dit-il, est l'art pratique du bonheur, comme la philosophie en est la science spéculative. » — L'un et l'autre réclament pour les industriels, non seulement la protection de l'autorité publique, mais les mêmes honneurs qui s'attachent à la noblesse. Say, enfin, professeur à l'Athénée, fait connaître aux Français la science fondée par Smith et, depuis longtemps déjà, dans son Traitr d'économie politique^ il a demandé que le souverain gouvernât le moins possible, le moins cher possible et bornât son rôle à garantir la sécurité du travail'.

Saint-Simon fut le disciple et l'ami de ces économistes. Bien avant de les connaître, il avait proclamé, soit dans les Lettres (Tun habitant de Genève, soit dans \ Introduction, que la société future devait reposer uniquement sur le travail scientifique, littéraire, commercial, manufacturier ou agricole, et c'est toujours d'ailleurs dans le sens très étendu de travail utile, de production matérielle et morale, qu'il emploie le terme industrie.

A leur école, il vit plus clairement l'importance de la force sociale qu'ils défendaient ; il reconnut dans l'industrie le véritable pouvoir temporel de l'avenir, déjà victorieux des derniers vestiges du pouvoir féodal : « La société tout entière, écrivait-il en 1817, repose sur l'industrie. L'industrie est la seule garantie de son existence, la source unique de toutes les richesses et de toutes les prospérités. L'état des choses le plus favorable à l'industrie est donc, par cela seul, favorable à la société'. »

Voilà pourquoi, dans tous les projets sociaux qui suivent, il substituera désormais à la notion de société la notion d'industrie ou de production. Pour régénérer la société et pour la conduire, il essaiera d'organiser et de conduire les forces

\. J'emprunte ce» détails sur le développement de l'industrie jV l'étude déjà citée de M. Georges Weill, Sainl-Shnon et son œiicre. Cl', ch. v., p. %, sqq.

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