‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 42 sur 171 · ŒuvrcH complètes, II · texte numérisé non relu

ŒuvrcH complètes, II

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industrielles; il ne parlera plus que de système industriel, de catéchisme industriel, et, par là, il entendra exprimer les mêmes idées que par les termes de système social et de catéchisme social. L'industrie, ce sera pour lui la nation en travail, la seule qui compte, et c'est dans ce sens qu'il faut prendre la devise qu'il inscrit sur le premier volume de son recueil : L'Industrie. « Tout par l'industrie et tout pour elle\ »

11 confie la rédaction de ce premier volume à Saint-Aubin, un ancien tribun, qui traite des finances, et à Thierry qui traite de la politique. Lui môme n'y joint qu'un prospectus.

Quelques mois plus tard, il se sépare de Thierry qui trouve sa tutelle trop lourde, et collabore, avec Chaptal, au second volume de l'industrie.

Il y divise la société en trois groupes : les producteurs qui représentent des intérêts particuliers, les gouvernants qui veillent sur eux et les écrivains qui font profession de méditer sur les intérêts généraux ; mais les écrivains sont trop soumis aux volontés du gouvernement ; bien souvent ils se font plus volontiers ses avocats que ses conseillers. Pour que cet état de choses prenne fin, il faut que les industriels soutiennent les penseurs de leurs ressources, leur assurent l'indépendance et la liberté des conseils. — L'industrie doit donc faire cause commune avec la littérature et la science ; le nouveau pouvoir temporel doit soutenir le nouveau pouvoir spirituel. Et, comme la classe industrielle est destinée à devenir peu à peu la classe unique, c'est en réalité la nation elle-même qui, sous le nom de classe industrielle, entretiendra le nouveau pouvoir.

Enfin, dans une lettre adressée un mois plus tard aux publicistes, il résume de nouveau les idées générales de toute sa philosophie et revient sur le rôle prépondérant que

1. On consultera utilement sui- les théories industrielles de Saint-Simon l'étude de M. Emmanuel de Wilt, Saint-Simon et le Système Industriel, Paris, Laroze, 1902.

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l'avenir réserve à Téléraent industriel ; pour que le régime industriel soit viable, il doit, pense-t-il, se créer une philosophie positive, une morale terrestre, tout un régime moral utilitaire et rationnel conforme aux exigences mêmes de la société industrielle. Il exhorte donc une fois de plus les industriels et surtout les premiers d'entre eux à venir vers les savants, à leur donner les moyens de penser librement et d'écrire l'encyclopédie des idées positives.

C'était le même rêve de pouvoir spirituel qui revenait depuis vingt ans, sans cesse amendé, corrigé, adapté aux nécessités pratiques.

Mais, cette fois, Saint-Simon avait fait un progrès de plus ; il avait compris toute l'importance que l'industrie, la production, allait légitimement conquérir; et il essayait d'adapter à ce pouvoir temporel le pouvoir spirituel de la science, de façon à lier les deux nouveaux pouvoirs de direction et d'action par les mêmes liens qui liaient-autrefois le pouvoir théologique au pouvoir féodal.

Et, de fait, il pouvait croire qu'après tant de traverses et de tâtonnements, il touchait enfin au terme de ses efforts : non seulement il était lu, discuté, attaqué ; mais il voyait un grand nombre d'industriels penser comme lui, s'intéresser à son œuvre et la soutenir de leurs fonds. Parmi les souscripteurs des premiers tomes de VIndustrie, il comptait Perregaux, les frères Périer, Vital Roux, Ternaux, Delessert et bien d'autres dont il avait reçu, en espèces, près de 10 000 francs. N'élait-ce pas un heureux commencement et, sous forme réduile, le type môme de l'organisation générale qu'il prônait?

En môme temps, il voyait venir à lui un jeune collaborateur plein d'intelligence et d'activité, Auguste Comte, alors Tigé de dix-neuf ans.

Mais il pécha comme toujours par excès de confiance. Persuadé qu'il serait suivi, il chargea Comte d'affirmer dans le troisième cahier du tome III le caractère positif de. la

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morale et d'allaquer la morale théologique. « Sans discuter, disait Comte, les inconvénients qu'on trouve à fonder la morale sur la théologie, il suffit d'observer que, de fait, les idées surnaturelles sont détruites presque partout' », et il demandait qu'on organisât une morale terrestre, positive, fondée sur la connaissance et la recherche d'intérêts palpables et précis.

Pour en préparer l'avènement, il suffisait, pensait-il, que le gouvernement exigeât des prêtres une culture scientifique et philosophique beaucoup plus étendue qui les familiarisât peu à peu avec les habitudes d'esprit positives et transformât ces théologiens en philosophes ; or, celte réforme pouvait s'opérer sans secousses et sans même rencontrer de l'opposition dans l'Église : « Peut-on craindre, disait-il, que le clergé veuille s'obstiner à n'avoir pour membres que des idiots-. »

La publication de ce programme eut un effet désastreux. Saint-Simon y perdit presque tous ses souscripteurs qui, à l'exception de Laffitle et de Ternaux, adressèrent au ministre de la police une lettre publique de désaveu.

Il n'en fit pas moins paraître le tome IV de ï/ndiistrie^ mais beaucoup plus prudent cette fois, il ne traita que de questions pratiques et s'occupa d'organiser ce qu'il appelait l'industrie agricole.

Les paysans, les fermiers, tous ceux qui font valoir la terre sont, remarque-t-il, les véritables industriels des champs, mais ils ne sont pas libres vis-à-vis des propriétaires; ils n'ont pas le droit d'engager, comme les industriels véritables, les richesses qu'ils font valoir; au lieu de diriger à leur guise leurs. entreprises, d'en être la raison, ils ne sont que des subalternes, presque des domestiques. C'est que les industriels véritables vivent sous le régime des contrats librement consentis, tandis que les industriels de la terre,

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