Œuvres clioisies, I, p
DuM.'iâ. — Doux messies. 7
'.t8 DEUX MESSIES POSITIVISTES
plus à même de comprendre la morale de la charité et il se dispose à lui faire place.
Ni la raison, ni l'intérêt, pense-t-il, ne suffisent pour déterminer les grands changements sociaux. — On aura beau faire appel à tous les égoïsmes, les éclairer et les conduire, on n'obtiendra pas d'eux cette adhésion enthousiaste et féconde dont on a besoin pour établir et faire prospérer le nouveau régime industriel et moral.
Or, il se trouve qu'une force puissante existe à côté de l'égoïsme, une force qui a déjà fait des miracles et dont l'objet, profondément social et humain, est le même que l'objet de l'égoïsme bien entendu, l'amour des autres, la charité... Tandis que les philosophes exposent logiquement, pour les gens instruits, les principes utilitaires du dévouement social, le christianisme obtient des dévouements spontanés en faisant appel au sentiment. Il suffira donc à Saint- Simon de traduire en langage chrétien sa philosophie morale et sociale, pour obtenir l'adhésion des foules à l'ordre nouveau; et il s'applique à cette traduction suivant un procédé d'adaptation qu'il a toujours préconisé : subordonner les intérêts de chacun aux intérêts de la classe la plus nombreuse, celle des producteurs et des travailleurs, n'est-ce pas rester fidèle au principe d'amour et de charité ? « Ces nouvelles bases d'organisation sociale, écrit-il, étant directement conformes aux intérêts de l'immense majorité de la population, elles doivent être considérées comme une conséquence politique générale déduite du principe de morale divine : « tous les hommes doivent se regarder comme des frères; ils doivent s'aimer et se secourir les uns les autres' ».
Ainsi sera conquise au système industriel la force du sentiment.
Ceux qui dirigeront cette force ce seront les philanthropes;