‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 57 sur 171 · Lettres à Valat, p · texte numérisé non relu

Lettres à Valat, p

que par hasard qu'il s'appelait le comte de Saint-Simon, grand d'Espagne, descendant du fameux auteur des Mémoires^ et allié de l'illustre famille de Lorraine. »

Mais si la vanité a disparu, l'orgueil n'a fait que croître; Saint-Simon, qui ne parle plus de ses ancêtres et de sa race, parle de plus en plus de sa mission sociale ; le gentilhomme s'est effacé et le demi-dieu rayonne seul.

Du haut de cette mission, il jugeait les hommes et les empires. Il traitait d'égal à égal ou de supérieur à inférieur avec les rois; il les apostrophait, il les conseillait; il osait leur dire : « Princes, écoutez la voix de Dieu qui parle par ma bouche* », il écrivait au tsar, à Napoléon, à Louis XVIII, il se prenait sincèrement pour le seul représentant qualifié du nouveau pouvoir spirituel.

Et quand il lâchait la bride à ses ambitions secrètes, il se perdait en des rêves magiques de gloire triomphante et d'apothéose. — Tantôt c'étaient les douze astronomes les plus illustres du globe, présidés par Napoléon, qui le sacraient grand homme ; tantôt c'étaient deux empereurs et un roi qui le couronnaient. — Mourant de faim et de froid, il remportait, en espérance, des prix de vingt-cinq millions !

Quelquefois, quand il comparait l'idée qu'il se faisait de lui-même à celle qu'il donnait autour de lui, il se prenait à récriminer et même à haïr; c'est ainsi qu'un moment il attaqua Laplace; mais il avait trop d'ardeur généreuse pour s'attarder dans les récriminations ou dans la haine, et, après avoir défié son ennemi, il passait et n'y pensait plus. — Comme rien de vil n'obscurcissait son rêve, aucune passion malsaine ne pouvait agiter longtemps son âme de rélbrmaleur.

A ce caractère de messie qui en entraîne tant d'autres, il convient d'en ajouter un second qui le complète et le précise :

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