‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 60 sur 171 · Cf. Œuvres complètes, I · texte numérisé non relu

Cf. Œuvres complètes, I

La Révolution avait créé des héros romantiques bien avant Victor Hugo.

La vie sociale de Saint-Simon, si heurtée et si agitée qu'elle ait été, ne témoigne donc pas autant qu'on pourrait le croire de l'incohérence de son caractère et de ses sentiments.

En revanche, sa vie privée, bien que moins connue, nous le montre très normal et très sain dans ses actes comme dans ses sentiments intimes.

Pendant la guerre d'Amérique, il écrit à son père des lettres pleines d'affection et de respect, oii il demande avec beaucoup de soumission, à « son cher papa et ami », le pardon de ses fautes de jeunesse: « Rien dans le monde, lui dit-il, ne m'est plus cher (que votre amitié) et vous pouvez être sûr que je ne négligerai rien dorénavant pour la conserver et même pour l'augmenter \ » — 11 se plaint également d'être trop longtemps sans nouvelles des siens et surtout de sa mère, alors malade.

Lorsqu'il s'est enrichi en trafiquant sur les biens nationaux, il recueille chez lui ses trois sœurs, puis il reste lié avec l'aînée, Adélaïde, et s'intéresse à l'avenir de son neveu Victor à qui il adresse, sous une forme volontairement extravagante, des conseils affectueux.

Nous ignorons d'où lui vint sa fille naturelle Caroline; ce que nous savons, c'est qu'il l'a suivie dans la vie avec beaucoup de tendresse ; il l'avait donnée en mariage à un honnête commerçant, M. Bouraiche, et il entretenait avec elle. une correspondance très amicale ; il lui écrit tantôt pour lui donner quelques conseils pratiques, tantôt pour lui parler de ses propres projets, et ce sont toujours, en terminant, les mômes expressions tendres : « Je l'embrasse de tout cœur, ainsi que mes chers petits-enfants. Je ne t'en demande pas plus long parce que je suis bien occupé d'esprit; quant à mon cœur, il esta toi tout entier*. »

\. Biographie Fournel, Collection lùi/'(inliii, I, p. 5. i. Biographie Fournel, Collection Enfantin, I, p. "J8.

Nous avons vu lors de sa tentative de suicide, dans quels termes il recommande Julie à Ternaux, et combien il parait lui être attaché. Après sa mort, cette même Julie écrit à M™" Bouraiche devenue M""* Gharon, des lettres très touchantes et qui témoignent de la grande affection que Saint- Simon lui inspirait. M""' Gharon, elle-même, l'appelle « le meilleur des hommes et le plus aimé des pères ».

Quand Saint-Simon ne réorganisait pas le monde, c'était donc un homme comme les autres, ouvert aux émotions les plus communes et les plus vraies, très simple, presque banal à force de simplicité.

D'ailleurs, à défaut de documents directs, nous avons l'impression même des contemporains, et, si Ton écarte celle de Rodrigues, d'Halévy et des disciples directs, comme naturellement trop favorable, on peut bien retenir celle d'hommes comme Fourcy, Carnot, Stuart Mill et Comte.

Or, c'est Fourcy qui a fourni à Michelet les éléments du beau portrait qu'il a tracé de Saint-Simon enj^î^. « CéVdii/^^J^ un bel homme, très gai, de figure ouverte et riante, avec ^ des yeux admirables, un beau nez long, donquichottique. Il vivait au Palais-Royal et autour dans une liberté cynique de grand seigneur sans-culotte... Il était étonnamment curieux, cherchant toujours, apprenant, prodiguant ce qu'il apprenait et le transmettant aux autres \ »

Plus tard, après les premières publications du philosophe, le grand Carnot, exilé, entendant parler de lui, disait à son fils: « J'ai connu M. de Saint-Simon, c'est un singulier homme. 11 a tort de se croire un savant, mais personne n'a des idées aussi neuves et aussi hardies-. »

Stuart Mill qui le rencontra chez Say après 1814, écrit dans ses Mémoires'. « Je me rappelle avec plaisir Saint- Simon qui n'était pas encore devenu le fondateur d'une

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