‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 63 sur 171 · LA FOLIE DE · texte numérisé non relu

LA FOLIE DE

On doit d'abord distinguer de l'état mental de Comte la folie bien caractérisée dont il fut atteint en 1820, au début de sa carrière philosophique et qui, par la façon dont elle éclaire son tempérament, mérite de nous arrêter tout d'abord.

Il avait alors vingt-huit ans et il avait déjà publié cinq opuscules où sa philosophie était exposée. A la philosophie négative et révolutionnaire du xviii" siècle il voulait substituer une philosophie positive et organisatrice, au régime de la libre discussion et de l'anarchie mentale un régime politique fondé sur la science nouvelle qu'il appelait la physique sociale et il avait le plaisir de constater le succès de ses idées.

En 1824, après la seconde édition dn Si/stètne de Politique positive, il écrivait à son ami Valut : « Je suis extrêmement satisfait de l'accueil fait à mon ouvrage par les personnes auxquelles je l'ai adressé ; il est généralement approuvé de la manière la plus flatteuse'. » Puis il citait l'approbation de l'Académie des sciences, de Humboldt, de Poinsot, de Guizot, de Delessert, de Laborde et de Broglie. A l'étranger, Buchholz, professeur d'histoire à Berlin, déclarait avoir retrouvé dans cet ouvrage des idées qui l'occupaient depuis vingt-quatre ans, et Hegel en faisait l'éloge à Gustave d'Eichlhal.

Mais les plus grandes sympathies lui venaient de deux hommes alors célèbres, Lamennais et Blainville. L'abbé de Lamennais avait compris toute la portée sociale du positivisme ; il avait été frappé de cette idée de Comte que la constitution d'un pouvoir spirituel distinct du pouvoir civil était nécessaire à la vie d'une société. Il espérait convertir

i. Lettres à Valat, p. 121-1^2.

à la cause du catholicisme l'auteur du Système de Politique positive ^ et disait de lui : « C'est une belle âme qui ne sait oïl se prendre. » Au mois de janvier 1826, dans le Mémorial catholique^ il proclamait Comte « un esprit bien supérieur aux préjugés qui dominent le vulgaire des philosophes ». — Blainville, professeur au Muséum, avait connu Auguste Comte chez leur ami commun Saint-Simon. En 1822, quand Saint-Simon réduit à la misère essaya de se tuer, Comte avertit Blainville par un billet très respectueux qui semble indiquer que leurs relations commençaient à peine-. Depuis lors, les deux hommes s'étaient liés, et c'est à la protection de Blainville que Comte devait une partie de sa notoriété.

Dès 1826 il était donc connu, estimé, admiré. — Il était malheureux cependant: il avait épousé en 1823 sa maîtresse Caroline Massin, fille naturelle d'un acteur, alors inscrite sur les registres de la Préfecture, et déjà il avait sujet de regretter son étrange union.

« Ma première rencontre avec cette jeune personne, écrit-il dans le Pli cacheté, se fît d'une manière trop caractéristique le 3 mai 1821, jour de fête officielle pour le baptême du duc de Bordeaux; c'était au Palais Boyal dans les fameuses galeries de bois... Après l'avoir suivie cette fois, j'allai souvent passer la nuit chez elle rue Saint Honoré, visà-vis le Cloître, quand mes finances me le permettaient ; quoique n'ayant pas encore accompli sa dix-neuvième année elle était alors inscrite, depuis deux ans, à la police, parce qu'elle fut bientôt abandonnée du jeune avocat à qui sa mère la vendit, M. Cerclet mort en 1817. »

Comte l'épousa civilement le 11) février 1825 à la mairie du IV* arrondissement. Dans l'acte de mariage dont une

1. II s'agit du troisième opuscule de Comte, qui avait paru, sous ce titre en 1824 dans le troisiômo cahier du Cali'c/iixmo des ImliistrieLs, et qui avait déjà clé tiré en 1822 à liO exomplaires sous le titre de Prospectus des ira' vaiu: nécessaires pour réorynniser In Sncit^fé. Auguste Comte le réédita en iSJii dans l'appondice du quatrième volume do son second Système de PolU lif/ue l'osHive.

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