‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 65 sur 171 · Lettres à Valat, p · texte numérisé non relu

Lettres à Valat, p

Dlmas. — Doiiï messies. 9

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par une intime reconnaissance fondée sur ce mariage exceptionnel. »

Dans le Pli cacheté il répète presque dans les mêmes termes les mêmes raisons et il ajoute : « ce généreux calcul aurait probablement réussi sur toute autre âme que mon dévouement aurait tirée d'une telle carrière. »

Mais s'il fut sincère en faisant ce rêve, il dut y renoncer bientôt ; sa femme reprit très vite ses habitudes de galanterie ; elle renoua avec Cerclet si tant est qu'elle eût jamais rompu, et, dans les moments de gêne que traversait le ménage, fut toujours tentée par la prostitution. « Pendant les premières années de notre union, écrit Comte dans le P/Zcrzc/n'/^^ cette femme habituée à l'aisance facilement obtenue, se montrait sans scrupule disposée à reprendre son métier primitif aussitôt que nous éprouvions des embarras pécuniaires. Quoique mes anciennes habitudes ne fussent pas assez surmontées alors par les principes que j'avais déjà construits, mes sentiments formaient une invincible barrière contre ces honteux expédients qu'elle a peut-être pratiqués secrètement. Elle osa cependant me proposer, pour la dernière fois, d'accueillir un riche galant vers la fin de i820. »

Neuf mois après son mariage, le IG novembre i825, il avouait à Valat que, pour son plus mortel ennemi, il ne souhaiterait pas un bonheur pareil au sien'.

Dans ces mômes lettres à Valat, il se plaint de sa pauvreté, de ses luttes quotidiennes contre la misère. Obligé de vivre en donnant des leçons de mathématiques, il ne trouve presque plus d'élèves, et n'a pour toute ressource que sa collaboration au Produc/cttr. « Je me vois forcé, écrit-il le 18 janvier 1820, à renoncer à peu près à ce moyen d'existence et je t'avoue que, si ce journal n'était pas venu à propos m'olfrir une ressource, je n'aurais su où donner de la tête. »

i. LellrcH ù Valnl, p. 171.

Ajoutons que le directeur du Producteur était alors l'ami Cerclet.

C'est pour sortir de cette gêne, autant que pour faire une exposition dogmatique de son système, que Comte conçut alors le projet du fameux cours privé que la folie devait interrompre.

La préparation de ce cours parait l'avoir violemment surexcité. Il voulut un auditoire de choix, composé surtout d'hommes illustres ou célèbres, espérant ainsi s'imposer d'un seul coup à leur admiration. Dans la quinzaine qui précéda l'ouverture, il écrivit à Poinsot, à Humboldt, à Lamennais, fit prier Fourier et Ampère, et ne négligea rien pour donner le plus de retentissement et de solennité possibles à sa première leçon. C'est à Blainville qu'il confiait ses espérances ou ses craintes :

« Mon cher monsieur de Blainville, — écrivait-il le vendredi 31 mars, — je tâcherai de me rendre digne de la responsabilité que vous n'avez pas hésité à engager pour moi. Je crains beaucoup de ne pas être suffisamment préparé, car j'ai éprouvé et j'éprouve encore de violents découragements, mais je suis sûr de l'être convenablement, et le symptôme le plus clair que je puisse vous en indiquer, c'est que d'une part j'ai fortement médité, et que d'une autre part je n'ai pas écrit une ligne.

« Dans une occasion si décisive pour moi à tant d'égards, j'ai eu besoin de concentrer toutes mes forces ; les mêmes causes qui m'en ont empêché les ont d'un autre côté exallées. Vous jugerez s'il y a eu compensation. Adieu ; laissezmoi le plaisir de vous rappeler à cette occasion que si jamais j'arrive à un développement remarquable, les hommes qui m'auront pressenti dans l'état de fœtus pourront compter sur mon éternelle reconnaissance...

« Votre tout dévoué,

Auguste Comte ».

« Le cours aura lieu chez moi, n° 13, rue du Faubourg- Montmarlre.

« Une conférence avec M. de la Mennais a eu lieu, il y a environ un mois, j'en ai été très satisfait et lui aussi, à ce qu'il m'a paru; vous en jugerez. J'ai lieu d'espérer qu'il viendra dimanche, à moins que son procès ne le dérange*. « j'ai été parfaitement content de Huraboldt que vous avez exactement jugé soies toits les rapports ; il vient de m'écrire que je pouvais compter sûrement sur lui pour l'ouverture.

« Peut-être aussi aurai-je Poinsot, mais je l'espère et le 'désire moins. Je l'ai prié d'engager, de ma part, Fourier^ qui serait pour moi d'un tout autre prix, mais son reste de mœurs préfectorales l'en empêchera probablement ^ »

On sent bien dans cette lettre une'anxiété fiévreuse et l'excitation cérébrale provoquée parle travail. Comte s'était décidé très vite à faire ce cours; le 18 janvier, il en parlait à Valat comme d'un simple projet, et, le 31 mars, il annonçait l'ouverture pour le surlendemain. En deux mois, il s'était donc préparé à l'exposé dogmatique du positivisme, et il comptait faire du T' avril 1826 au 1" avril 1827, soixante-douze leçons. Il continuait en même temps sa collaboration au Producteur^ auquel il donnait ses articles sur le Pouvoir spirituel^ et, dans une lettre adressée à Blainville, le 21 février 1826, il lui révélait, avec les idées générales de son système, ses prodigieux excès de travail :

« Un travail continu de quatre-vingts heures, dans leque le cerveau n'a pas cessé d'être dans le plus haut degré d'excitation normale, sauf quelques intervalles de sommeil extrêmement court, a été occasionné en moi (il y a huit jours) par le troisième article de cet examen du pouvoir spirituel

1. Lamennais était alors poursuivi par le ministcro Villùlo k cause de ses opinions uUramontaines ; il passa en jugement le IM et fut condamne le Hi. i. 11 s'agit du mathématicien.

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