Correspondance, l" série, p
134 DEUX MESSIES POSISIVISTES
Ladeuxièraeleçontraitadelahiérarchiedessciences;latroisième, celle du dimanche 0 avril, de l'ensemble des mathématiques. Mais quand les auditeurs se présentèrent le mercredi 12 avril pour entendre la quatrième leçon, ils trouvèrent la porte et les volets clos. A leurs questions, on répondit qu'Auguste Comte était malade. En réalité, il était fou.
Cet accès de folie avait des causes immédiates dont la principale n'est pas douteuse. Auguste Comte est devenu fou par suite d'excès intellectuels; sa raison a été emportée dans une crise que le travail des deux derniers mois avait préparée. Mais il y avait certainement d'autres causes auxquelles Littré, pourtant informé, n'a pas voulu ajouter foi ou qu'il a peut-être préféré ne pas dire, par amitié pour M"^ Comte.
La vérité c'est qu'elle avait abandonné son mari pour vivre avec Cerclet, et que Comte avait été atteint profondément par cette trahison. Dans la préface du sixième volume de son cours de Philosophie positive il explique en effet sa folie « par un fatal concours de peines morales avec de grands excès de travail », et dans une lettre à Littré il revient en termes plus clairs sur ce sujet délicat.
« Il faut, dit-il, passer sous silence les escapades secondaires, bornées à demeurer quelques semaines en hôtel garni sous le moindre prétexte. Ces cas sont innombrables dès le début de notre ménage. Quant aux séparations principales et suscitant des arrangements pécuniaires, une lettre du 10 janvier 1847 vous apprit déjà qu'il y en eut trois, avant celle qui fut irrévocable. La première s'accomplit en mars 182(5, après un an de mariage; sa réaction morale concourut, avec un excès intellectuel, à déterminer ma grande maladie cérébrale. *»
A défaut d'autres témoignages, cette lettre sufGrait à mon-