Lillré. op. ci/., p
:i. Litlré. op. cit.. p. 120.
PSYCHOLOGIE DAUGUSTE COMTE 14j
religieux. Sa mère agenouillée pleurait, appelait la bénédiclion de Dieu, s'offrait en victime expiatoire à sa colère-. Caroline Comte, qui n'avait pas de religion, trouvait cette célébration lugubre et, quarante ans plus lard, en la racontant à Littré, elle en ressentait encore le poids et le frisson.
Quant tout fut fini, Salles dressa l'acte de mariage qu'Auguste Comte signa ainsi : Brutus-Bonap irte Comte. Celte signature, témoignage inopportun de sa folie, a été raturée, mais pas assez cependant pour n'ùlre pas encore lisible sur le registre de la sacristie de l'église Saint-Laurent.
Le jour môme, le nouveau traitement commença. Esquirol avait engagé M'"" Comte à faire griller ses croisées, et il avait prêté un gardien. Mais le malade ne voulut pas supporter le gardien. Comme régime, « il devait avoir une alimentation peu nourrissante mais à discrétion, prendre des bains tous les deux jours, être purgé une fois par semaine' »; M'"" Auguste Comte appliqua ce traitement avec beaucoup de dévouement et d'adresse ; mais c'est surtout par son influence morale qu'elle agit sur son mari. Tout d'abord, l'excitation parut se maintenir ; Auguste Comte, au moment des repas, essayait de planter son couteau dans la table, « comme le montagnard écossais de Walter Scott », disait-il; puis il demandait le dos succulent d'un porc et récitait des morceaux d'Homère. Souvent aussi, il saisit son couteau et le lança contre sa femme, sans l'atteindre toutefois. M"'° Comte parvint peu à peu à fixer son attention égarée, à chasser les idées incohérentes qui s'agitaient encore dans son cerveau malade, à conduire sa volonté tout en paraissant la subir. Le 18, le mieux était si marqué que M'"" Louis Comte crut pouvoir regagner Montpellier. Le 22, M"'" Auguste Comte écrivait à d'Eichlhal : « Je ne doute pas, monsieur, que vous n'appreniez avec plaisir que
\. Lonchampt (Rev. Oc ciden laie, ia'ûlet 1889, p. 3). 2. Liltrc, op, cit., p. 128.
l)u\iA>;. — Deux messici. 10
146 DEUX MESSlliS POSITIVISTES
le changement qui s'est opéré depuis que mon mari est revenu au milieu de ses habitudes est presque miraculeux ; il sort et voit quelques amis\ » Six semaines s'écoulèrent ainsi, où Comte fut sauvé par l'intelligence et le dévouement de celte même femme qui avait contribué à le rendre fou par son abandon et son inconduite.
Plus tard, en décembre 1839, comme elle le croyait menacé d'une rechute, elle écrivit à Blainville pour le prévenir; elle lui rappela les événements de 182(), et nous devons à cette circonstance le récit de quelques-uns des faits qui précèdent.
« Lorsqu'en 1820, écrit-elle, M. Comte tomba malade, depuis environ deux mois tout l'annonçait, mais je ne compris rien; j'étais bien jeune et je n'avais aucune idée de ce genre de maladies.
« A votre arrivée à Montmorency et avant d'avoir été témoin d'aucune violence, votre opinion fut qu'on le ramenât chez lui ; la nuit horrible qui avait précédé volrc visite, mou peu d'expérience et mon isolement complet, — M. Comte n'ayant pas de famille ici et aucun ami à qui je pusse demander de se consacrer entièrement, du moins quelque temps, à i)arlager avec moi et le soin et la responsabilité (pi'enlraînait son retour à la maison, — tout cela fit que je me montrai bien craintive, et vous m'offrîtes alors, monsieur, de le conduire chez M. Ksquirol.
« Pendant les six premiers mois", le médecin me répondit de son retour à la santé, puis cela devint douteux, et enfin, au onzième mois, M. Esquirol sur ma pressante demande, me dit qu'il ne pouvait plus répondre de rien; alors je ne craignis plus aucune responsabilité, et je me décidai à le reprendre. M. Esquirol m'elVraya beaucoup; sa longue expérience lui fournit un grand nombre de cas semblables où la rentrée dans la famille avait été suivie de grands malheurs;
i. Liltré, b/). cil.,\K 127-128.