Op. cil., p
IpO DEUX MESSIES POSITIVISTES
parlé depuis qu'en termes sévères el même injustes de la médecine mentale ou des aliénistes.
Déjà, dans l'examen du traité de Broussais, en 1828, il écrivait, à propos des maisons de santé :
« San^ doute, M. Broussais n'a pu observer avec assez de soin la manière dont sont tenus la plupart de ces établissements; il les a crus constitués et administrés comme ils devraient et pourraient l'être. S'il les eût étudiés par luimême, il serait convaincu que, malgré les promesses de leurs directeurs, toute la partie intellectuelle et alleclive du traitement s'y trouve de fait abandonnée par eux à l'action arbitraire d'agents subalternes et grossiers dont la conduite aggrave presque toujours la maladie qu'ils devraient contribuer à guérira »
En 4837, dans le troisième volume du Cours de Philosophie positive, il déclare que les aliénistes ne sont pas au niveau de leur tûclie « sous le rapport intellectuel ou même sous le rapport moral ».
Après la mort d'Ksquirol, en 1842, dans la préface du sixième volume, il parle longuement de sa folie et donne encore son opinion sur le traitement :
« Une sollicitude trop timide et trop irréfléchie, d'ailleurs si naturelle en de tels cas, détermina malheureusement la désastreuse intervention d'une médication empirique dans rétablissement particulier du fameux Esquirol, où le plus absurde traitement me conduisit à une aliénation mentale très caractérisée. »
En plusieurs autres endroits, il insiste sur l'insuffisance intellectuelle des aliénistes, et Robin nous apprend, dans une lettre à Litlré, que c'était pour lui un thème assez fréquent de conversation -.
Esquirol n'était pourtant pas le médecin empirique el
1. Système de politique i>osilive, t. IV, Appendice, p. 227. i. I,illré, n]tH. cit.. p. 138.
PSYCHOLOGIE DAUGUSTE COMTE loi
inintelligent que Comte a toujours vu à travers ses huit mois de séquestration. C'est lui qui reconnut l'accès de manie, et son opinion était juste. 11 aurait pu se tromper, car il faisait alors rentrer dans la manie tous les phénomènes d'excitation qu'on a rattachés depuis à la paralysie générale, à la folie circulaire, à l'alcoolisme et à l'épilepsie. Mais Auguste Comte était bien atteint de manie véritable ; un aliéniste contemporain ne trouverait pas, pour son accès, d'autre nom. 11 discuterait peut-être sur le caractère intellectuel ou affectif de la maladie. Esquirol croyait à un désordre primitif de l'intelligence ; on admet plutôt aujourd'hui un désordre antérieur et profond des sentiments. Mais la question n'est pas résolue, et ce que nous savons de la manie de Comte, des causes et de la marche de la maladie s'accorde avec l'une et l'autre interprétation.
Li:s cfusi'S UK 1838 et diî 1845. — lklu inflle.nck
SUll l'oIUENTATIOM du SYSTÈ.ME
Nous avons dit les causes immédiates de cet accès de manie. Y en eut-il de plus profondes dans le tempérament psychopathique de Comte ou bien ce tempérament lui-même fut-il en partie déterminé par cette première crise? Autant de questions auxquelles on ne peut faire de réponse précise.
D'après ce que nous savons, son hérédité pathologique était bien peu chargée : un frère cadet de Comte, Adolphe, mourut jeune d'une maladie que nous n'avons pu déterminer; sa sœur Alis lui survécut sans jamais donner aucun signe de dérangement cérébral ; la iille naturelle qu'il eut, avant son mariage, de sa maîtresse Pauline, mourut à neuf ans de la diphtérie. Son père, qu'il jugeait médiocre d'esprit, vivait encore quand lui-même mourut en 1857 et parait avoir joui
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d'une bonne santé mentale; seule la mère, Félicité-Rosalie Boyer, joignait, paraît-il, à une piété exaltée certaines bizarreries de caractère.
Le tempérament psychopathique n'est pourtant pas douteux ; après son accès de folie, Comte vécut sous la menace continuelle d'une crise cérébrale et le travail intellectuel, dès qu'il devenait excessif, provoquait toujours des accidents nerveux.
« En revenant de Beguey (Gironde), vers la fin d'octobre 18i4, écrit Pierre Laftitte, je trouvai Auguste Comte non encore complètement guéri d'un érysipèle à la face. « Cette maladie, me dit-il, est une conséquence des méditations intenses par lequelles je prépare nia nouvelle œuvre philosophique', car ajouta-t-il, l'accouchement mental est laborieux comme l'accouchement physique, et a comme lui des conséquences matérielles. Tous les nouveaux pas décisifs que j'ai accompHs dans mes travaux philosophiques ont donné lieu à une crise pathologique correspondante ; mon nouveau travail ne fait pas exception -. »
Ce qui garantit la certitude des souvenirs de Pierre Laffitte, c'est qu'au même moment, et à propos de la môme indisposition, Comte faisait à Stuart Mill des confidences analogues. « C'est une nécessité à laquelle je me suis reconnu assujetti depuis longtemps et que vérifia spécialement chaque grande phase de mon élaboration fondamentale ; quand une forte innervation prolongée commence à s'établir en moi, elle détermine préalablement une certaine indisposition physique plus ou moins durable et qu'un observateur mal préparé attribuerait à toute autre influence » '' ; puis il parle de phénomènes éruptifs et rhumatismaux.
Si l'on écarte l'éliologie, plutôt malheureuse, de l'érysipèle, le renseignement est des plus précieux; il nous por-