Revue occid., i"' septembre 181)3, p
Ne garda-t-il, dans les constructions de son système, aucune trace de ses ébranlements nerveux?
Si nous écartons la crise de 1842 qui se borna h des menaces, nous nous trouvons en présence de trois crises bien caractérisées, celle de 1826, celle de 1838 et celle de 1843.
Non seulement la première n'altéra pas les facultés mentales de Comte, mais elle ne modifla en aucune façon ses idées générales et le plan de son système; il put reprendre la préparation de son Cours de Philosophie positive au point même où il l'avait interrompue, et exécuter, après sa folie, dans tous ses détails, le plan qu'il exposait à Dlainville deux mois avant. A la vérité. M"'" Auguste Comte eut l'audace de soutenir que la folie n'avait jamais quitté son mari depuis 1820, lorsqu'elle attaqua pour la première fois le testament, en 18o7; mais le Cours de Philosophie positive écrit de 1830 à 1842 et toute la vie de Comte pendant cette période sont des réponses suffisantes à celle accusation, et M"'" Comle n'osa pas la reproduire lorsque l'affaire vint en appel, en 1870.
La crise de 1838 n'eut pas plus de retentissement que la précédente sur la pensée abstraite de Comte et le développement de son système. Il préparait, quand elle se produisit, le quatrième volume de son cours, c'est-à-dire qu'il abordait la philosophie sociale, et nul ne peut contester la nettelé, la profondeur de celte philosophie, ni la logique étroite et serrée qui la relie à la première partie de l'œuvre.
Comte veut que cette crise ait exercé sur ces sentiments esthétiques une influence heureuse : « Son principal résultat caractéristique, écrit-il à Clolilde, a consisté en une vive excitation permanente de mon goût naturel des divers beauxarts, surtout de la poésie et de la nuisique, qui reçut alors un notable accroissement liahiluel '. »
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PSYCnOLOGlK D Al (JUSTH COMTK Itil
Rien ne prouve qu'il ait raison dans celte appréciation optimiste de sa crise ; tout ce que nous pouvons affirmer, d'après ses lettres à Valat, c'est que le développement de ses sentiments esthétiques parait bien dater d'alors '.
Littré attache une importance extrême à la crise nerveuse de 1845 et lui attribue sur la pensée logique comme sur les sentiments de Comte une influence aussi considérable que funeste.
Suivant son biographe, Comte aurait subitement changé de méthode après la crise ; à la suite du trouble cérébral dont il a parlé à Stuart Mill, il aurait substitué les constructions subjectives de son imagination à l'observation objective des faits.
La première partie de son œuvre, celle qui est exposée dans le Cours de Philosophie positive^ serait gouvernée tout entière par la méthode objective : observation, expérimentation, comparaison, subordination des sciences complexes aux sciences simples ; au contraire, à partir de 1845, Comte, prenant pour point de départ les lois sociales établies par lui, se serait aventuré dans la déduction sociale sans se garantir contre les erreurs par une vérification constante; il aurait oublié que la déduction, facile dans les sciences simples, devient difficile ou impraticable à mesure qu'on s'élève vers les sciences complexes ; il aurait ainsi formulé des conséquences non que l'expérience vérifie mais que son imagination, ou, si l'on veut, une logique subjective lui fournit, « car, ici, dit Littré, entre l'imagination et la logique je ne fais aucune distinction ■ ». « De pareils phénomènes nerveux, ajoute-t-il, ne sont pas rares ; plusieurs hommes célèbres ont reçu des secouses mentales qui ont grandement modifié leurs dispositions intérieures.
« Saint Paul, sur le chemin de Damas, en est un des plus
mémorables exemples.
\. Lettres à Valat, p. 230.