Politique positive
16i DEUX MESSIES POSITIVISTES
Auguste Comte ne laisse dans l'esprit du lecteur aucun doute sur ce point; il explique que cette logique est caractérisée « par la prépondérance du véritable point de vue humain^ ». La méthode objective n'a d'autre rôle que de préparer des matériaux à la méthode subjective, et les deux méthodes réunies constituent la véritable logique, la logique humaine, la logique religieuse.
Cette réorganisation sociale de la science permettra d'ailleurs la seule synthèse scientifique que l'homme puisse tenter, la synthèse subjective.
C'a toujours été pour la science un beau rêve que de faire la synthèse objective des connaissances, c'est-à-dire d'expliquer par un même principe tous les phénomènes de l'Univers; mais cet effort rationnel, outre qu'il dépasse de beaucoup, suivant Comte, notre capacité intellectuelle, n'est pas compatible avec ce que nous savons de la réalité objective qui nous apparaît toujours comme discontinue, depuis le monde inorganique jusqu'au monde biologique et social. Comte a insisté sur cette discontinuité dans tout son Cours de Philosophie positive, et dès sa première leçon, rédigée en 1830, il s'attachait à dissiper tout malentendu sur ce point : « Dans ma profonde conviction personnelle, je considère, disait-il, ces entreprises d'explication universelle de tous les phénomènes par une loi unique comme éminemment chimériques, même quand elles sont tentées par les intelligences les plus compétentes. Je crois que les moyens de l'esprit humain sont trop faibles et l'Univers trop compliqué pour qu'une telle perfection scientifique soit jamais à notre portée, et je pense d'ailleurs qu'on se forme généralement une idée très exagérée des avantages qui en résulteraient nécessairement si elle était possible ^ » Alors môme que le mécanisme serait applicable au monde physico-chimique, nous resterions sans données essentielles sur lacons-