‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 91 sur 171 · Considérations sur le pouvoir spirituel, mars · texte numérisé non relu

Considérations sur le pouvoir spirituel, mars

ravènemenl du nouveau pouvoir spirituel. « L'ensemble de mes premiers essais me conduisit, dit-il, à reconnaître que cette opération sociale exigeait d'abord un travail intellectuel sans lequel on ne pourrait solidement établir la doctrine destinée à terminer la révolution occidentale. Voilà pourquoi je consacrai la première partie de ma carrière à construire, d'après les résultats scientifiques, une philosophie vraiment positive, seule base de la religion universelle '. » A la vérité, on peut se demander pourquoi il ne se borna pas à formuler les lois abstraites de la vie sociale, à écrire ses trois volumes de sociologie, s'il ne tendait qu'à préparer sa politique, c'est-à-dire l'organisation pratique d'un gouvernement conforme à ces lois. Pourquoi voulut-il d'abord systématiser les mathématiques, la physique, la chimie et la biologie? pourquoi conçut-il cet immense système cosmique et social, s'il ne visait qu'à la politique? — Simplement parce qu'il ne pouvait fonder la sociologie, la plus complexe des sciences, qu'en la faisant reposer par ses méthodes et ses principes sur les sciences plus simples déjà arrivées à la période positive. « Ma propre loi hiérarchique me démontra, dit-il, que la philosophie sociale ne pouvait prendre son vrai caractère et comporter une irrésistible autorité qu'en reposant explicitement sur l'ensemble de la philosophie naturelle, partiellement élaborée pendant les trois derniers siècles ■-. »

La philosophie des sciences naturelles devait dont logiquement préparer la philosophie sociale qui pouvait seule rendre possible la politique, et toute la philosophie positive des sciences cosmiques et humaines n'était qu'un préambule. Comte écrivait les deux passages qui précèdent en 18.*)4 et en 1851, et on pourrait croire qu'il cédait au désir qu'il eut toujours de rendre l'histoire de sa pensée plus cohérente et plus systématique qu'elle n'était; mais la preuve qu'il ne

1. l'olilifjue positive, IV, appendice, p. I. 2 l'(iliH</i/r positii'f, I, p. 2.

PSYCHOLOGII-: DAIGL'STH COMTK 171

reconstruisait pas son passé suivant les exigences du jour, c'est qu'il tient un langage analogue dans la première leçon de philosophie positive, prononcée le dimanche 2 avril 1820, quinze jours avant la première crise :

« Enfin, dit-il, une quatrième et dernière propriété fondamentale queje dois faire remarquer, dès ce moment, dans ce que j'ai appelé la philosophie positive, et qui doit sans doute lui mériter plus que toute autre l'attention générale puisqu'elle est aujourd'hui la plus importante pour la pratique, c'est qu'elle peut être considérée comme la seule base solide de la réorganisation sociale qui doit terminer l'état de crise dans lequel se trouvent depuis si longtemps les nations civilisées ^ »

Quelques lignes plus bas il ajoute : Les lecteurs de cet ouvrage savent « que la grande crise politique et morale des sociétés actuelles tient en dernière analyse à l'anarchie intellectuelle. Notre mal le plus grave consiste en effet dans celte divergence qui existe maintenant entre tous les esprits relativement à toutes les maximes fondamentales dont la fixité est la première condition d'un véritable ordre social. Tant que les intelligences individuelles n'auront pas adhéré, par un sentiment unanime, à un certain nombre d'idées générales capables de former une doctrine sociale commune, on ne peut se dissimuler que l'état des nations restera essentiellement révolutionnaire malgré tous les palliatifs qui pourront être adoptés et ne comportera réellement que des institutions provisoires. » La philosophie positive a donc pour première mission de refaire l'esprit public, de donner aux croyances et aux opinions l'unité qui leur manque, et si ce n'est pas là de l'utilité pratique, c'est déjà de l'utilité sociale.

Sans doute Comte ne formule pas encore dogmatiquement sa conception étroite, utilitaire de la recherche scientifique ; il soutient même les droits de la spéculation pure, de la

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