‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 93 sur 171 · Ullrr il Valnl, p · texte numérisé non relu

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.'1. l'fiHnsophie positive, VI. 726.

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on suit le développement logique de la pensée de Comte ; il n'a jamais tendu qu'à la synthèse subjective, c'est-à-dire sociale, de nos connaissances; il n'a écrit sa philosophie des sciences que pour préparer sa politique et l'établissement du nouveau pouvoir spirituel ; dans tous ses écrits, de 1822 ù I806, on trouve la preuve irréfutable d'une complète unité de plan.

Qu'il soit devenu, à mesure qu'il se développait, plus systématique, plus étroit, plus utilitaire, ce n'est certainement pas contestable, mais il y a là le progrès logique et régulier d'une môme conception philosophique dont il formula de bonne heure les principes et qu'il n'abandonna jamais.

11 avait raison d'appliquer à sa vie la définition célèbre de Vigny : « Une belle vie est une pensée de jeunesse réalisée dans l'âge mûr. »

Que reste-t-il après cela de la contradiction de Comte, du chemin de Damas, de saint Paul, et autres comparaisons malveillantes? Non seulement la méthode subjective n'est pas le rôve d'un illuminé, mais elle était conçue par Comte, bien avant 1845, comme l'aboutissant de son système.

Ce n'est pas qu'il n'ait jamais abusé de la méthode et de la synthèse subjectives, malgré les préceptes de prudence qu'il avait pris soin de formuler : je dirai plus tard dans quelles conditions et pourquoi ; ce qu'il importait de montrer ici, c'est qu'il est venu rationnellement à la méthode subjective, en vertu de la logique intime et vivante de son système, et non à la suite d'une crise nerveuse qui aurait faussé son intelligence ou désorganisé sa pensée. On peut, dit à ce sujet Lewes, rejeter le Systhne de Politique positive ; mais y voir la preuve d'un cerveau troublé par la maladie, c'est une erreur bien autrement grossière que toutes celles qui se rencontrent dans cet ouvrage'.

D'ailleurs, quand on replace la crise de 1845 dans la série

1 . liistoiy of l'hilosoph, t. II. p. 727 de la Iraduction allemande.

17i DEUX MESSIKS l'OSITiVISTES

des crises que nous connaissons, au lieu de l'isoler comme le fait Littré, elle perd singulièrement de son importance ; elle cesse d'être une maladie subite, imprévue, à conséquences lointaines et profondes, pour redevenir la manifestation passagère de la diathèse qu'Auguste Comte connaissait bien et contre laquelle il luttait de son mieux.

De plus, r^imour de Comte pour Glotilde, dont Littré parle aussi, ne se rencontra pas, comme il dit, avec la crise nerveuse ; il en fut, avec le travail intellectuel, la véritable cause, et c'est peut-être pour avoir mal connu l'ordre des faits que Littré a été conduit à l'interprétation erronée que je viens de réfuter.

Comte avait fait sa première déclaration d'amour dans une lettre datée du 17 mai 1843 ; il fut très nettement éconduit cette fois, et c'est le 22 qu'il dut s'aliter « après dix jours d'insomnie presque continue ». Il put se lever huit jours après, et reprendre ses travaux, mais la crise d'amour dura plus longtemps; si longtemps qu'elle n'était pas encore finie le 22 novembre et qu'elle retentit sur toute la dernièrepartie de sa vie. Ce fut cette passion qui donna aux ouvrages postérieurs du philosophe ce caractère sentimental que Littré appelle mystique. A dire vrai, la crise nerveuse ne fut qu'un accident passager de la crise d'amour ; elle n'eut aucune conséquence sur l'état mental de Comte ; la véritable crise fut la crise de sentiment dont le retentissement fut infini. Je l'étudierai en détail quand je ferai la psychologie propre d'Auguste Comte, et montrerai l'influence qu'elle exerça sur le système. Je n'ai voulu, pour le moment, que détruire la légende, si légèrement forgée par Littré, d'unecrise nerveuse apportant soudain l'incohérence et l'erreur dans cette admirable pensée.

Les diverses crises nerveuses qui se succédèrent chez Auguste Comte n'eurent donc pas sur sa |)ensée abstraite d'influence perturbatrice ; le système positiviste no fut jamais ni faussé ni modifié par ces causes morbides. Si on

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veut comprendre l'état mental très particulier du philosophe, on doit renoncer résolument à cette psychologie facile qui fait appel à des crises mentales, à des révolutions soudaines, quand il conviendrait, au contraire, d'analyser les raisons profondes d'un développement continu.

i.'iDiiE d'ine mission et l'esprit de système

On peut voir d'après ce qui précède que, de sa jeunesse à sa mort, Comte ne rêva rien de moins que de réformer le monde, et ce rôve il le conçut et l'aima de toute la force de son âme, avec la foi ardente d'un messie. Mais cette foi messianique a son histoire, et, comme elle s'est accrue de tous les progrès de la doctrine et développée avec elle, comme elle a retenti d'autre part sur toute la pensée théorique et pratique de Comte, c'est pénétrer d'emblée dans la partie la plus profonde de son caractère que d'en considérer le développement.

C'est en 1817, à côté de Saint-Simon, que Comte prend pour la première fois une conscience encore assez vague de sa mission; jusque-là le messie qui dormait en lui ne s'est pas éveillé ; il a été libre penseur, révolutionnaire, il s'est épris de la philosophie négative du xviii'' siècle, il a cru au rationalisme absolu de Rousseau, à la valeur de la déduction et de la raison individuelle ; il a vécu dans un état d'esprit qu'il qualifiera plus tard d'anarchique ; mais le voici secrétaire de Saint-Simon, occupé à la rédaction de Ylndusirie, obligé par ses fonctions de s'instruire des choses sociales, et il s'aperçoit qu'il est particulièrement doué pour ce genre d'études, a Ce travail, écrit-il à Valat, m'a révélé une capacité politique dont je ne me serais jamais cru doué \ »

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