‹ Psychologie de deux messies positivistes, Saint-Simon et Auguste ComteChapitre 94 sur 171 · Lettres à Valat, p · texte numérisé non relu

Lettres à Valat, p

iH> DEUX MESSIES POSITIVISTES

Deux ans après, dans une lelLre au même Valat, il déclare qu'il travaille avec l'espoir de contribuer un peu quelque jour au bonheur « du pauvre genre humain' ». Puis, à mesure que ses idées philosophiques s'ordonnent et s'organisent, sa foi se manifeste et s'affirme. Dès qu'il a donné plus que des promesses, dès qu'il a conçu et publié, en 1822, son Prospectus des travaux nécessaires pour réorganiser la Société, il parle de son rôle social, il voit déjà la société réorganisée, grâce à lui, par la science. Entre les philosophes négatifs de la Révolution et les théologiens rétrogrades, il voit place pour une politique organique fondée sur l'observation des faits, et cette politique il la fera. « Je travaillerai toute ma vie, et de toutes mes forces, à l'établissement de la philosophie positive, mais je le ferai parce que telle est ma vocation irrésistible, parce que là est la source de mon principal bonheur, et sans prétendre jamais à aucune autre récompense qu'à l'estime des têtes pensantes de l'Europe-. »

De ce jour, il croit à sa mission, et il ne cessera jamais d'y croire malgré tous les malheurs et tous les déboires que lui réserve la vie.

Rien ne pourra désormais l'empêcher de produire « la part d'utilité générale qui lui est dévolue^ ». Il sera l'organisateur du nouveau pouvoir spirituel capable de remplacer l'Eglise et de réformer l'Europe par l'éducation ; il mettra fin à l'anarchie moderne, il fermera la période de crise ouverte par la Révolution ; au dogme négatif de la liberté de conscience il substituera l'autorité de la politique scientifique. Ce qu'il a publié jusqu'alors, son Prospectus, ses Considérations sur les sciences et les savants, ses Considérations sur le pouvoir spirituel, tout cela n'est qu'un plan qu'il va développer en l'exécutant; il a pris une conscience claire de lui-même : il sait qu'il sera Auguste Comte.

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