I.etlre» à Stuart Mill, p. :j9i
PSYCHOLOGIE DAUGl'STC COMTK 181
qu'il adressa à l'Occident^ un naïf et suprême appel. 11 demandait, disail-il, qu'on lui procurât des leçons de mathématiques, mais, en réalité, ce qu'il voulait c'était un subside. « Tous ceux, concluait-il, qui s'intéressent au positivisme comme unique base de la régénération occidentale sont moralement obligés d'empêcher que son principal organe ne s'éteigne dans une injuste détresse au temps de sa plus parfaite maturité. Tant que la nouvelle philosophie n'aura point librement obtenu l'ascendant public, c'est sur ces adhérents privés que devra retomber l'indispensable entretien de la classe contemplative par la classe active-. »
L'Occident fut sourd mais Littré entendit, et, sur son initiative, fut institué le subside annuel dont Auguste Comte vécut jusqu'à sa mort. H l'accepta comme il avait fait pour le subside anglais, et sans témoigner une reconnaissance excessive. « Je suis convaincu, écrivait-il à Littré, que l'ensemble de mes services mérite déjà que le public me défraye, même quand ma détresse actuelle ne proviendrait pas d'une injuste spoliation*. »
Ce subside d'abord temporaire devint perpétuel lorsque Comte eut perdu en I80I la modeste place de répétiteur qu'il occupait encore à l'École polytechnique, et, à mesure qu'il développait dans sa Politique la religion de l'humanité, il attribua de plus en plus une signification sacerdotale à l'institution qui faisait vivre le grand prêtre.
Non seulement il recevait sans hésitations ni scrupules les revenus que Littré concentrait avant de les lui remettre, mais, à partir de 1832, il les administra lui-même et comme ils étaient encore notablement insuffisants, il n'hésita pas à faire les démarches nécessaires pour les augmenter : il
1. Comte comprenait sous ce nom la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne, c'est-à-dire les grandes puissances occidentales, par qui la regénération positive devait commencer avant de s'étendre à la Terre.
2. Appel au public occidental. Robinet, Sotice sur l'œuvre et la vie d'Aufjuale Comte, 11» édit., p. 4:29.