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Physiologie de l 'esprit, trad. Herzen, p

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Toutefois, il reste encore un point équivoque. Si l'on admet que le mécanisme général de l'attention est moteur et, pour le cas particulier de l'attention volontaire, qu'il consiste surtout en action d'arrêt, on doit se demander comment s'opère cet arrêt et sur quoi il agit. C'est là une question si obscure, qu'on ne peut guère que se borner à la poser; mais il vaut encore mieux essayer une réponse, même conjecturale, que de paraître éluder la difficulté.

Il ne sera peut-être pas sans profit de chercher des éclaircissements dans un ordre de phénomènes analogues, mais plus simples.

Les mouvements réflexes, soit les réflexes proprement dits, naturels, innés, soit les réflexes acquis, secondaires, fixés par la répétition et l'habitude, se produisent sans choix, sans hésitation, sans effort, et peuvent durer longtemps sans fatigue. Us ne mettent en jeu dans l'organisme que les éléments nécessaires à leur exécution, et leur adaptation est parfaite. Ils sont, dans l'ordre strictement moteur, les équivalents de l'attention spontanée, qui est aussi un réflexe intellectuel

et ne suppose ni choix, ni hésitation, ni effort et peut durer longtemps sans fatigue.

Mais il y a d'autres catégories de mouvements plus complexes, artificiels, dont on peut donner comme exemples : l'écriture, la danse, l'escrime, tous les exercices du corps, les professions mécaniques. Ici l'adaptation n'est plus naturelle, elle doit être acquise péniblement. Elle exige un choix, des tâtonnements, de l'effort, et au début s'accompagne de fatigue. L'observation journalière montre qu'il se produit tout d'abord un grand nombre de mouvements inutiles : l'enfant qui apprend à écrire fait mouvoir son bras, ses yeux, sa tête, quelquefois une partie de son corps. Le but à atteindre, c'est d'empêcher cette diffusion et, par des associations et dissociations appropriées, de produire le maximum de travail utile avec le minimum d'effort. La raison de ce fait, c'est qu'il n'y a pas de mouvements isolés et qu'un muscle qui se contracte agit sur ses voisins et souvent sur beaucoup d'autres. On y parvient par essais répétés, par un hasard heureux : les gens adroits rapidement, les maladroits

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lentement ou môme jamais. Mais le mécanisme est toujours le même; il consiste à renforcer certains mouvements, à les coordonner en groupes simultanés ou en série et à supprimer les autres, à les arrêter.

L'attention volontaire ou artificielle procède de même. Quand on se prépare à entrer dans cet état pénible, on voit les états de conscience surgir par groupes ou par séries, car il n'y a pas plus d'états de conscience isolés que de mouvements isolés. Parmi eux, beaucoup ne servent pas au but principal ou en détournent. Ici aussi il y a les états de conscience inutiles ou nuisibles à supprimer, si on le peut. Une bonne partie de notre tâche consiste dans ce travail négatif par lequel les intrus sont expulsés de la conscience ou réduits à leur moindre intensité. Gomment y parvient-on, quand on y parvient? Il faut ou bien renoncer à toute explication ou bien admettre une action d'arrêt exercée sur les éléments moteurs de ces états de conscience. Nous avons, en pareil cas, le sentiment très net d'un effort soutenu. D'où viendrait-il, sinon de l'énergie dépensée pour

produire les actions d'arrêt? car le cours ordinaire de la pensée, livrée à elle-même, en est exempt. Si l'on objecte qu'à ce compte le mécanisme fondamental de l'attention volontaire reste caché, nous rappellerons que le mécanisme fondamental de toute volition reste caché. Il n'entre dans la conscience que les deux termes extrêmes, le commencement et la fin ; tout le reste se passe dans te domaine physiologique, qu'il s'agisse de faire ou d'empêcher, de produire un mouvement ou un arrêt.

L'attention est un état momentané, provisoire, de l'esprit; ce n'est pas un pouvoir permanent comme la sensibilité ou la mémoire. C'est une forme (la tendance au monoïdéisme) qui s'impose à une matière (le cours ordinaire des états de conscience) ; son point de départ est dans le hasard des circonstances (attention spontanée) ou dans la position d'un but déterminé d'avance (attention volontaire). Dans les deux cas, il faut que des états affectifs, des tendances soient éveillées. Là est la direction primitive. Si elles manquent, tout avorte: si elles sont vacillantes, l'at-

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tention est instable; si elles ne durent pas. l'attention s'évanouit. Un état de conscience étant ainsi devenu prépondérant, le mécanisme de l'association entre en jeu suivant sa forme multiple. Le travail de direction consiste à choisir les états appropriés, à les maintenir (par inhibition) dans la conscience en sorte qu'ils puissent proliférer à leur tour, et ainsi de suite par une série de choix, d'arrêts et de renforcements. L'attention ne peut rien de plus; elle ne crée rien, et si le cerveau est infécond, si les associations sont pauvres, elle fonctionne vainement. Diriger vontairement son attention est un travail impossible pour beaucoup de gens, aléatoire pour tous.

Chacun sait par expérience que l'attention volontaire est toujours accompagnée d'un sentiment d'effort qui est en raison directe de la durée de l'attention et de la difficulté à la maintenir. D'où vient ce sentiment d'effort et quelle en est la signification?

L'effort attention nel est un cas particulier de l'effort en général dont la manifestation la plus commune et la plus connue est celle qui accompagne le travail musculaire. Trois opinions ont été émises sur l'origine de ce sentiment :

Il est d'origine centrale : il est antérieur au mouvement ou au moins simultané; il va du dedans au dehors; il est centrifuge, afférent; il est un sentiment d'énergie déployée; il ne résulte pas, comme dans la sensation proprement dite, d'une influence extérieure transmise par les nerfs centripètes (Bain).

Il est d'origine périphérique : il est postérieur aux mouvements produits; il va du dehors au dedans ; il est afférent; il est le sentiment de l'énergie qui a été déployée; il est, comme toute autre sensation, transmis de la périphérie du corps au cerveau par les nerfs centripètes (Gharlton Bastian, Ferrier, W. James, etc.).

Il est à la fois central et périphérique : il y a un sentiment de la force exercée ou sentiment d'innervation et il y a aussi un sentiment du mouvement effectué; il est d'ahord centrifuge, ensuite

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centripète (Wundt). Cette théorie mixte paraît aussi celle de J. Mùller, l'un des premiers qui aient étudié la question .

La deuxième thèse, qui est la plus récente, | paraît la plus solide. Elle a été exposée avec beaucoup de soin par M. W. James dans sa monographie The Feeling of Effort (1880), et la thèse du sentiment d'énergie déployé, antérieur au mouvement, y a été critiquée avec une grande pénétration. L'auteur, discutant les faits les uns après les autres, a montré que, dans les cas de paralysie d'une partie du corps ou d'un œil, si le malade a le sentiment d'une énergie déployée, quoique le membre reste immobile (ce qui paraît justifier la thèse d'un sentiment d'innervation centrale, antérieur au mouvement), c'est qu'il y a en réalité un mouvement produit dans l'autre partie du corps, dans le membre correspondant ou dans l'œil qui n'est pas paralysé. Il en conclut que ce sentiment est un état afférent complexe qui vient de la contraction des muscles, de l'extension des tendons, des ligaments et de la peau, des articulations comprimées, de la poitrine fixée,

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de la glotte fermée, du sourcil froncé, des mâchoires serrées, etc. ; qu'il est en un mot, comme toute sensation, d'origine périphérique. Même pour ceux qui ne consentiraient pas à admettre cette thèse pour définitive, il est certain qu'elle explique les faits d'une manière bien plus satisfaisante, bien plus conforme aux lois générales de la physiologie que l'hypothèse qui lie ce sen- * timent à la décharge nerveuse motrice, l'appareil moteur étant insensible dans la direction centripète.

Maintenant examinons le cas particulier de j l'effort attentionnel. Les anciens psychologues s» sont bornés à m constater l'existence; ils ne l'expliquent pas. Ils n'en parlent qu'en termes vagues ou mystérieux, comme d'un « état de l'âme » et d'une manifestation hyperorganique. Ils y voient « une action de l'âme sur le cerveau pour le mettre en jeu ». Il me semble que Feehner est le premier (1860) qui ait essayé une localisation précise des diverses formes de l'attention, en les rapportant à des parties déterminées I de l'organisme. A ce titre, les passages suivant

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