TROUBLES DU LANGAGE
leur dit, ainsi que le prouve leur obéissance à exécuter ce qu'on leur commande.
Dans le second cas, nous avons des idiots qui ne comprennent pas un mot de ce qu'on leur dit, et sont incapables en même temps d'émettre un seul mot. Tels sont les idiots incurables qui se retournent si on fait un bruit fort, et qui ne sont par conséquent pas sourds. Il en est d'autres qui, non seulement paraissent sourds aux paroles mais même à toute espèce de sons, et qui cependant ne sont pas sourds. Leur surdité n'est qu'apparente et tient uniquement à l'absence d'attention. Nous verrons plus loin, à propos de l'écriture, s'il existe aussi des agraphies et des cécités verbales.
Enfin au troisième stade, l'enfant apprend à relier ses idées à des mots. C'est là le point le plus difficile à obtenir chez l'idiot. Chez l'enfant, l'imitation du mot précède le plus souvent sa compréhension. On en a la preuve dans Ja répétition fréquente d'un mot nouvellement appris et que l'enfant sert à tout propos. Gela s'observe surtout chez les enfants dont la facilité d'articulation est assez grande et précède le développement de l'intelligence générale. Chez l'idiot, on voit cette démarcation encore plus nette, et il arrive chez certains qu'ils imitent et répètent convenablement non seulement des mots, mais même des phrases entières dont ils ne comprennent jamais le sens, comme nous avons pu l'observer maintes fois. C'est encore là une preuve que l'idée et le mot sont indépendants, et que si elle ne précède pas le mot, celui-ci est impuissant à l'éveiller. Certains idiots en restent à cette phase. On les amène à articuler, mais on ne peut pas aller plus loin, et le rapport de l'idée et du mot leur échappe. Chez d'autres, à un degré plus élevé, on observe que le langage s'arrête à une des phases de celui de l'enfant, celle où il s'exprime, par simples
monosyllabes répétés, par des infinitifs, dans laquelle il fait souvent des interpositions de syllabes et où il prononce mal certaines lettres.
En somme le développement du langage chez l'idiot nous a paru présenter les mêmes phases que chez l'enfant normal. Mais au lieu que ces phases se succèdent rapidement, elles se succèdent au contraire très lentement, le plus souvent même l'évolution s'arrête en route à un point quelconque correspondant à une des étapes de l'enfant.
Nous avons vu toutefois qu'il ne faut pas regarder le développement du langage comme parallèle à celui de l'intelligence. On peut en trouver, outre les motifs et les preuves que nous en avons donnés, une raison dans l'anatomie pathologique d'une part, et d'autre part dans les différences que présentent sous le rapport delà parole les diverses catégories d'idiots.
On voit en effet très souvent des scléroses localisées du cerveau chez les idiots. Si la sclérose atteint plus spécialement le centre du langage, il est bien évident que l'évolution de celui-ci se trouvera enrayée, alors que le développement de l'intelligence pourra continuer à se faire, quoique faiblement, car, le plus souvent, les lésions sont diffuses, mais prédominent en certains points. D'autre part, l'examen des cerveaux de microcéphales montre, et presque tous les auteurs sont d'accord à cet égard, que c'est surtout aux dépens des lobes postérieurs que se fait la diminution de volume. Dès lors on comprend que le cenlre du langage se trouvant dans les régions antérieures relativement les plus développées, le langage soit souvent beaucoup moins rudimentaire dans cette catégorie d'idiots que dans les autres.
Chez les idiots qui parlent, c'est tantôt la formation des sons laryngés, tantôt celle des sons labiaux et linguaux qui