TROUBLES GRAPHIQUES
davantage et en plus grand nombre, de telle sorte qu'on ne pouvait déchiffrer que les mots qui sont d'un emploi fréquent.
Cet auteur établit un parallèle entre ce trouble de l'écriture et le trouble du langage qui constitue le balbutiement. Dans les deux cas, les signes du langage sont défigurés de la même façon. Mais il n'y a aucun rapport entre le balbutiement oral ou le bégaiement. Chez des idiots où les deux troubles se rencontraient, ils portaient même sur des mots différents.
Pour notre part, nous avons remarqué en effet l'oubli fréquent de lettres au milieu d'un mot ou d'un mot au milieu d'une phrase, mais nous ne saurions comparer ces erreurs au bégaiement dans lequel il y a non pas absence, mais au contraire répétition de la même syllabe ou du même mot (PI. II). C'est tout simplement un oubli qui résulte de leur défaut d'attention.
Comme il est facile de le voir par la page (PI. 111), les lignes courbes dominent, partout. Dans toutes les lettres que fait l'idiot, on dirait qu'il cherche à placer cette espèce de ligne. La page représentée (PI. III) a été faite par un enfant qui n'a pas fait de progrès depuis deux ans. C'est tout ce qu'il sait, faire en fait d'écriture depuis plus de quatre ans qu'il tient un porte-plume. Nul doute qu'il n'arrivera jamais à former une syllabe. Cet enfant sait pourtant lire les syllabes et les mots simples (ca-fé, mo-ka, ma-ca-ro-ni), ainsi que les mots usuels (pain, vin, gilet, etc.). Mais en lecture aussi ses progrès se sont arrêtés. On pourrait en citer bien d'autres dans le même cas dont l'intelligence donne ainsi rapidement son maximum.
Certains idiots arrivent à écrire, même lisiblement. Leurs lettres sont régulières et se ressemblent toutes. Il n'y a pas
beaucoup de fautes de copie. Mais on est toujours surpris de constater ensuite que l'enfant est incapable de lire ce qu'il a écrit. Il a de la cécité verbale. Un idiot crétinoïde, G. . ., de Bicêtre, est arrivé à écrire et à se relire. Il va même jusqu'à écrire l'orthographe de quelques mots très usités, mais c'est tout.
De même que l'idiot aime à lire, bien que ne sachant pas lire, il aime aussi à écrire. Il arrive souvent aux instituteurs d'entendre des idiots leur demander une feuille blanche et une plume pour écrire à leur famille. On leur donne ce qu'ils demandent, et aussitôt ils griffonnent sur le papier des signes informes qui de loin ont l'aspect de lettres régulièrement alignées. Ils ont l'habitude de dire à haute voix et pour ainsi dire de "se dicter à eux-mêmes les mots qu'ils sont censés écrire.
Séguin1 a fait une observation assez singulière, c'est que presque tous les idiots prennent leur premier crayon de la main gauche et que quand on leleur met dans la main droite, ils veulent toujours aller de droite à gauche. Il y a là comme une ébauche de l'écriture spéculaire. Séguiu rapproche ce fait de l'écriture des peuples anciens et même des Orientaux modernes, qui se fait dans le même sens.
En somme, nous voyons que l'écriture est toujours très défectueuse chez les idiots quand elle n'est pas nulle. Dans des cas même où elle existe, on ne peut pas dire que c'est de récriture puisqu'elle ne représente pas autre chose qu'un dessin copié. De plus ils ne peuvent guère que copier et non écrire sous la dictée ou spontanément.
L'imbécile apprend assez vite à écrire, mais il ne forme jamais bien ses lettres. Il ne peut s'astreindre, comme l'idiot.