ÉCRITURE DES IMBÉCILES
à suivre un modèle. Il faut trop d'attention pour cela. Il perd vile le modèle de vue. Aussi, lorsqu'il a à reproduire une même ligne pour toute une page, on remarque combien la dernière ligne diffère de la première. Il y a une véritable gradation de dissemblance. Gela tient à ce qu'au lieu de se reporter à son modèle, il préfère recopier la ligne qu'il vient d'écrire lui-même. Aussi répète-t-il, en les grossissant, les imperfections de sa propre écriture. Cela pourrait expliquer comment il se fait que l'imbécile a plutôt tendance à gâter son écriture qu'à la perfectionner. Il n'est pas rare en effet de constater, en comparant deux cahiers écrits par le même élève, à plusieurs années de distance, qu'au lieu de faire des progrès, il écrit de plus en plus mal à partir d'un certain moment. L'écriture est plus expédiée, mais elle est illisible (PI. IV et V). Il en est pour l'écriture comme pour la lecture. Jamais un imbécile n'arrive à écrire régulièrement. L'écriture est tantôt droite, tantôt penchée dans le même mot ou dans la même ligne.
Ils lisent encore plus mal récriture que l'imprimé.
Nous ferons remarquer ce que nous avons déjà dit plus d'une fois des imbéciles comparés aux idiots. Ceux-ci arrivés à un certain degré ne peuvent aller plus loin et restent stationnaires. Ceux-là, au contraire, ne restent pas station naires, mais perdent avec une rapidité désespérante les progrès qu'ils avaient pu faire. Lorsqu'on laisse un imbécile livré à lui-même après lui avoir donné une page à copier, on le voit souvent s'arrêter au milieu de sa copie et reproduire un certain nombre de fois une lettre ou une syllabe, faire en un mot un travail machinal, automatique, qui permet àson imagination de vagabonder (PL VI). Le centre graphique seul continue à fonctionner automatiquement.
L'imbécile change souvent d'écriture plusieurs fois dans
la même page. Or, nous disions au début que plus un caractère est tranché, plus l'écriture a son autonomie spéciale. Cette mobilité dans l'écriture reflète absolument la mobilité du caractère, tandis que nous voyons au contraire l'écriture des idiots offrir beaucoup plus de constance dans son type. On en est quelquefois à se demander si l'écriture est du même élève. La régularité et la symétrie sont incompatibles avec l'imbécillité (PL VII).
Il y a cependant des exceptions. Un petit imbécile de Bicètre, B...., a une écriture régulière. Son cahier est très bien tenu. Il trace une marge à droite, une à gauche, des traits après chaque titre et sous-titre et termine ses pages par de petits dessins linéaires tracés avec beaucoup de régularité au moyen de règles, ou de boutons pour les courbes (PI. VIII). Chez lui, c'est le contraire des autres, il a la manie de la régularité. Mais cette exagération même indique un cerveau mal équilibré. Il est exceptionnel de voir un imbécile être normal sous quelque rapport que ce soit. Toutefois un autre imbécile de Bicêtre, Gr.., qui s'est amélioré au point de pouvoir sortir et travailler chez un vannier, est. arrivé à avoir une écriture assez régulière. L'an dernier il a obtenu son certificat d'études avec le maximum des points sauf pour l'écriture. C'est un des rares.
Nous avons parlé du sentiment et de l'émotion esthétiques et nous avons constaté combien ils sont rudimëntaires. Nous venons de voir d'autre part que pour certains idiots, récriture n'est que du dessin. Aussi avons-nous préféré, à cause des rapports qui relient ensemble ces deux choses mettant en jeu le centre graphique, placer ici nos observations sur le dessin. Elles sont du reste à rapprocher de celles sur récriture.