RAPPEL DES ÉMOTIONS
et les idées précédemment développés. Nous avons vu à propos des sentiments combien les émotions sont atténuées chez les id ofs et les imbéciles. A plus forte raison, le réveil des émotions chez eux doit il être très faible. Pour réveiller l'émotion déjà éprouvée on ne peut se servir que du langage. 11 faut donc que l'enfant comprenne suffisamment la langue. Parmi les émotions les plus fortes que l'idiot puisse éprouver, celle de la crainte vient en première ligne, avec celle du plaisir. Ce sont les deux moyens d'éducation qu'on applique couramment. Mais avant de recourir à la menace ou à la promesse par le fait même, comme lorsqu'on montre le fouet ou un gâteau pour obtenir ce qu'on ordonne, on recourt d'abord à l'idée du fouet ou du gâteau déjà connus pour frapper l'esprit. Si nous prenons ces exemples simples — et ce sont presque les seules émotions qu'on puisse déterminer chez des idiots inférieurs — nous voyons qu'il est très difficile d'éveiller leur souvenir d'une punition reçue ou d'un gâteau donné pour les faire agir. L'émotion laisse trop peu de souvenir dans leur esprit, et comme d'autre part elle perd rapidement de son intensité, si elle est souvent renouvelée, il en résulte qu'on est pris au dépourvu et qu'on tourne dans un cercle vicieux. L'idiot est craintif, c'est vrai; mais sitôt la crainte de la punition entrevue passée, elle disparaît presque complètement de son esprit. Il en est de même du plaisir qu'on lui procure. Chez l'imbécile, le souvenir des deux choses existe, mais par le fait de son instabilité mentale, le souvenir, affaibli déjà, s'efface rapidement et on n'a par conséquent que très peu d'action. La mémoire affective est donc très peu développée chez eux, au prorata, du reste, de leur affectivité qui est rudimentaire ou pervertie. Cette aptitude à reproduire les émotions de tout genre. constitue un des traits les plus précoces et les plus tenaces
du caractère. Eh ! bien, chez les idiots, le caractère est vague, mal dessiné. On sait bien grosso modo si tel enfant est doux ou craintif, tel autre violent ou méchant, et c'est à peu près tout. L'analyse du caractère est, du reste, une des choses les plus difficiles de la psychologie normale, et on ne sait pas même bien au juste ce qu'il faut entendre par le terme de caractère. Quoi qu'il en soit, on voit que ce qu'on observe du caractère des idiots concorde bien avec ce qu'on constate de leur impuissance à reproduire tel ou tel genre d'émotions.
Les faits qui sont du domaine de l'intelligence, qu'on peut répéter à satiété, dont on peut aussi souvent qu'on veut impressionner l'esprit, s'imprègnent mieux dans le cerveau, et c'est ainsi qu'on peut arriver à la longue à apprendre certaines connaissances indispensables.
Diverses influences excitent du reste la mémoire, les émotions agréables par exemple, l'attention. Or, fout cela est atténué chez les idiots, d'où les difficultés qu'on éprouve dans leur éducation.
Nous devons dire un mot aussi des mémoires spéciales qu'on observe chez certains idiots et imbéciles. La plupart des sujets extraordinaires qu'on exhibe rentrent dans cette catégorie d'individus. M. Falret nous a cité un imbécile d'un asile d'Angleterre connaissant la date de naissance et de mort de tous les grands hommes et la date de beaucoup de faits historiques, de batailles, etc. Sur tout le reste l'intelligence et la mémoire même sont presque nulles. Il en est de même de la mémoire pour les airs de musique qu'on remarque si fréquemment chez les idiots. B... un jeune idiot de cinq ans, à Bicètre, ne revient jamais de chez ses parents sans connaître toute une série de nouvelles chansons qu'il ne comprend du reste pas. C'est le fait des imbéciles aussi qui retiennent facilement les vers et les chansons