MÉMOIRE DES IMBÉCILES
dont le rythme les aide considérablement. M. Charpentier1 a cité l'observation très intéressante d'un imbécile chez lequel il y avait eu suppression complète du langage pendant vingt ans et qui, un jour, s'était remis à parler couramment. Malgré l'absence d'exercice pendant un aussi long temps, le souvenir ne s'était donc pas du tout perdu des mouvements nécessaires à l'articulation.
En somme nous voyons que la mémoire est très imparfaite chez l'idiot et chez l'imbécile. Ce qu'elle présente surtout, c'est la difficulté de conservation de l'image et surtout de reproduction. Elle est paresseuse comme son attention. Mais elle offre avec celle de l'imbécile cette différence, qu'elle est plus souvent accompagnée de compréhension. La mémoire des imbéciles est quelquefois très développée, mais si on les observe avec soin on s'aperçoit qu'ils récitent toujours les choses dans Tordre où ils les ont apprises, et qu'ils ne les comprennent pas. La moindre interversion que vous introduisez dans leur récitation, la moindre interruption les arrête. Quand ils ont de la mémoire ils n'ont donc pas pour cela d'intelligence, mais ils peuvent, la première fois qu'on les entend, en imposer. Si on leur fait raconter de nouveau ce qu'ils vous ont déjà dit, on est surpris de les entendre débiter leur récit de la même façon, dans les mêmes termes pour ainsi dire stéréotypés. C'est de l'automatisme pur, et si vous leur demandez la moindre explication sur un point, ils sont incapables de vous la donner. Autant de fois vous les ferez recommencer, autant de fois ils vous débiteront les choses de la même manière. S'ils ont appris les jours de la semaine, par exemple, en commençant par le jeudi, et que vous leur demandiez de vous les énumérer en débutant par