ABSTRACTION
tement sans donner lieu au travail d'abstraction, de sorte que ces individus n'ont guère que des idées matérielles, isolées, déterminées par les impressions sensoriales. »
Chez les idiots curables au contraire, même ne sachant pas parler, les idées abstraites existent certainement, très vagues sans doute, mais il ne s'agit pas ici d'une question de degré. Passons donc en revue quelques idées abstraites.
Parmi elles, celle de nombre est une des plus importantes. Chez les animaux, comme la pie, le mulet, l'idée de nombre existe d'une manière évidente. Il en est de même des idiots. Dev..., idiot simple, sourd-muet, de Bicêtre, a dans la main une poignée de cailloux : prenez-les-lui et ne lui en rendez qu'une petite partie, il vous regarde aussitôt, puis baisse la tête et fuit en vous regardant obliquement. Sa physionomie s'est assombrie. Nul doute qu'il s'est senti atteint dans son individualité. Il sent d'intuition qu'il est volé. Si on fait la même expérience chez un idiot complet, on n'a aucun résultat. Il vous regarde avec indifférence.
Ce n'est guère qu'à six ou sept ans qu'un enfant normal sait compter des objets jusqu'à 10, et vers dix ans jusqu'à 400, en dehors, bien entendu, de la numération apprise par cœur.
Le calcul est très difficile chez les idiots, nul chez les incurables. Les idiots les plus intelligents peuvent à peine arriver à compter jusqu'où arrivent des enfants de dix ans, et encore si on les trouble au milieu de leur énumération en leur faisant sauter quelques nombres, ils ne sont plus capables de continuer. — Séguin conseille de supprimer le plus possible l'abstrait de l'éducation du calcul. Là aussi, comme pour la lecture, on commence par l'idée concrète et tel idiot qui ne saurait pas compter jusqu'à 10, sait le faire s'il compte sur ses doigts ou avec des boules. Il en est de
même non seulement pour la numération, mais aussi pour les opérations les plus simples, addition et soustraction, qu'il ne saurait faire au tableau et encore moins de tète.
On arrive assez facilement à leur apprendre l'addition. Il y a de nombreuses difficultés pour leur faire comprendre la soustraction. Certains même ne peuvent y arriver, quoique assez développés. Tel est Gr.., un idiot myxœdémateux dont nous avons déjà parlé, qui sait lire et assez bien écrire. Et cependant, quoiqu'il ne puisse arriver à une soustraction, il sait très bien ce qu'il dépense et ce qu'il a encore d'argent entre les mains du surveillant. Mais c'est évidemment sous la forme concrète de pièces de monnaie qu'il fait son compte.
Le principe de la multiplication n'est pas compris. Ils ^arrivent à faire cette opération que lorsqu'ils ont de la mémoire. Dans l'immense majorité des cas la division est impossible. Quant aux problèmes, idiots et imbéciles sont également incapables d'y rien comprendre. Ils ne savent pas discerner dans quel cas il faut faire telle ou telle opération.
Chez les imbéciles on observe pour le calcul quelque chose d'analogue à ce que nous avons vu pour la mémoire. Il en est qui comptent jusqu'à plusieurs centaines en disant 2 et 2, 4 et 2, 6 et 2, etc., etc., ou 2 et 2, 4 et 4, 8 et 8, etc., etc. Mais faites leur dire combien font 4 et 3, et ils ne savent plus. La mémoire agit seule chez eux et dès que vous faites appel au raisonnement vous avez un résultat négatif. Ce sont des séries apprises par cœur qu'ils vous récitent, mais sans avoir aucune idée du nombre abstrait. Aussi en voiton souvent qui remplacent celte notion abstraite par une notion concrète. Ils comptent sur leurs doigts par exemple, mais ne pouvant aller au-dessus de 10, ils font figurer a une de leurs mains le plus gros nombre qu'on leur indique