CALCUL
à additionner et comptent le plus petit sur les doigts de l'autre main. Vous leur dites par exemple d'additionner 15 et 4 : ils posent une main en disant 15, et avec les autres doigts comptent 16, 17, 18, 19. Mais si on leur demande d'ajouter un nombre supérieur à une dizaine ils sont très embarrasses et le plus souvent en sont incapables. On peut dire que le calcul et les nombres, en tant qu'abstractions, ne sont pas compris par eux et encore moins par les idiots.
Nous avons vu dans le chapitre Des Instincts, à propos des aptitudes spéciales de certains idiots, qu'il y en avait qui présentaient des aplitudes singulières au calcul. Belhomme en cite par exemple un de quarante-huit ans qui possédait cette faculté de dire assez promptement, sans se tromper, à quel quantième de Tannée correspondait le jour qu'on lui désignait et qui ignorait d'ailleurs en quelle année il vivait. Ces faits d'automatisme n'ont rien à voir évidemment avec le calcul tel que nous venons de l'examiner.
Les idiots, comme les enfants, n'ont guère la notion du temps écoulé et encore moins celle du temps à venir. Sans but dans l'existence, indifférents à ce qu'on leur fait faire, n'ayant qu'une mémoire assez imparfaite, ils savent à peine indiquer à quelle époque de l'année on est, quel mois et souvent même quel 'jour. Ils ressemblent en cela aux déments et à certains aliénés ayant de la stupeur, pour qui les sensations et les événements se succèdent sans qu'ils saisissent le moindre rapport de temps entre eux. Mais ont-ils l'appréciation du temps présent qui s'écoule? Se rendent-ils compte du temps qu'ils mettent à faire une chose? Sous ce rapport ils sont comme les animaux qui reconnaissent par certaines sensations que le moment est venu de les satisfaire. Telle est par exemple l'heure du repas. Ce ne peut évidemment
être considéré comme une idée abstraite à proprement parler. Car ce n'est pas par Pappréciaiion du temps écoulé qu'ils devinent l'heure qu'il est, mais bien par le besoin qu'ils éprouvent. L'idée de temps est du reste composée de tant de facteurs, c'est encore un point si mal connu en psychologie, qui demande une analyse si fine, qu'il est bien difficile de tirer des idiots quelque notion utile pour l'élucider. Quant à l'idée d'éternité, d'infini, cela leur échappe complètement. Les idiots simples jugent très mal la distance et apprécient très imparfaitement l'étendue des objets. Sous ce rapport, ils se rapprochent beaucoup des enfants, mais ce qui diffère d'avec eux, c'est que, proportionnellement à leur âge, ils sont beaucoup moins avancés et que même ils ne peuvent jamais arriver à la notion d'étendue absolue et encore moins d'immensité.
A propos des idées, disons un mot des idées fixes. Ribot 1 en admet trois catégories : 4° Idées fixes simples, intellectuelles, restant dans la conscience, ou ne se traduisant que par des actes insignifiants. — 2° Idées fixes accompagnées d'émotions telles que la terreur et l'angoisse (agoraphobie, folie du doute, etc.). — 3° Idées fixes à forme impulsive se traduisant par des actes violents (vol, homicide, suicide). Il pense qu'il n'y a avec l'attention aucune différence de nature, mais seulement de degré.
L'idée fixe suppose — c'est un des effets ordinaires de la dégénérescence — un affaiblissement notable de la volonté, c'est-à-dire du pouvoir de réagir. Il n'y a pas d'état antagoniste qui puisse la réduire. L'effort est impossible ou infructueux. De là cet état d'angoisse du malade conscient de son
\ Ribot, Psychologie de l'attention.