‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 137 sur 213 · IDÉES FIXES · texte numérisé non relu

IDÉES FIXES

impuissance. Car chez l'idiot, l'idée est si faible, chez l'imbécile, elle est si instable que l'idée fixe existe peu. Nous ne l'avons jamais conslalée chez les idiots. Il y a des impulsions mais non par idées fixes. Chez l'imbécile, où on voit aussi des impulsions si dangereuses au vol, à l'homicide, à l'incendie, on n'observe guère l'idée fixe avec conscience et angoisse. Il y a tout au plus des idées tenaces, et, parmi elles, des idées de fugues, pour la réalisation desquelles soit chez eux, soit à l'asile, ils arrivent à tromper la surveillance la plus sérieuse. Ces fugues peuvent du reste se montrer sous deux formes. Ou bien elles se produisent sans but, sans réflexion : beaucoup d'idiots et d'imbéciles trouvent la porte de chez eux ouverte et filent aussitôt. C'est même souvent pour cette raison, par la difficulté de la surveillance qu'ils nécessitent, qu'on est obligé de les placer. Ou bien, au contraire, ce sont des évasions véritables, calculées, préméditées, pour lesquelles ils se sont entourés de toutes les précautions qu'ils ont pu imaginer, et généralement dans le but de donner libre cours à leurs penchants loin de la surveillance et de l'autorité. Autant les premières sont fréquentes chez les idiots, autant les secondes le sont chez les imbéciles.

Une fois en possession d'un certain nombre d'idées, concrètes et abstraites, il faut qu'elles s'associent entre elles pour donner naissance à un raisonnement et à un jugement. L'association des idées se fait de trois manières : par ressem blance, par contraste, par conliguïté. De quelle manière se fait de préférence l'association chez l'idiot?

Chez l'idiot même profond, l'association peut se faire entre les idées si peu nombreuses qu'il possède. Nous avons vu que le sentiment le plus développé chez lui était l'instinct de la nutrition et le p'aisir qu'il éprouvait à le satisfaire. A

la vue de la nourriture il s'agite, paraît content. La vue des mets est donc associée chez lui avec la sensation agréable de la faim satisfaite, et éveille chez lui l'idée de manger. Ce sontlà assurément des associations grossières, associations de sensations plutôt que d'idées, mais il ne faut pas oublier que ce sont des êtres avant tout sensitifs. C'est à peu près chez lui la seule association d'idées qu'on rencontre. Elle existe aussi chez l'idiot moins profond. Il ramasse le pain partout où il le trouve, même dans les ordures, et la vue du pain lui donne envie de manger. De même quand il a un besoin à satisfaire, il a l'idée des closets et il y va, ou bien la vue de ceux-ci éveille chez lui un besoin.

Nous sommes bien loin encore des associations d'idées a bstraites. C'est encore et toujours la sensation, le besoin qui éveillent l'idée. C'est eux aussi qui produisent l'association de temps. C'est en effet, comme chez les animaux, l'heure du repas qui est la première connue. Mais il semble que ce soit simplement comme nous l'avons déjà dit à propos de l'idée de temps, la simple sensation de temps qui leur indique qu'il est temps de la satisfaire, et non la sensation du temps écoulé proprement dite. A l'asile, dès que l'heure du repas arrive, ils sont tous à tourner à la porte du réfectoire.

Nous avons vu que ce qui frappait le plus l'idiot, c'étaient les grossières ressemblances de couleur et de forme. C'est aussi par ressemblance qu'il associe surtout, plus rarement par contiguïté, et jamais par contraste, ce qui est aussi plus rare chez les enfants ordinaires.

Ils associent par exemple les sens analogiques comme font les jeunes enfanls, dont l'amour pour ces sons analo-, giques se manifeste d'abord par un rabâchage saugrenu et ensuite par le plaisir de la musique et de la rime. Un idiot simple de Bicêtre, fait entendre un cri guttural qu'il répète

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