JUGEMENT
sont que des illusions de l'esprit — qu'ils ne savent pas corriger — donnent lieu à de faux jugements. De plus, les qualités qui doivent déterminer le jugement frappent peu leur esprit. On est obligé, pour le leur faire formuler, de fixer au préalable leur attention, d'où retard considérable dans le jugement.
Quant à la fermeté du jugement, elle ne vaut guère mieux. Ils se montrent si indifférents à ce qu'on leur demande s'ils n'y ont pas un intérêt évident, que le moindre doute qu'on émet, suffit à les ébranler dans leur conviction.
De même que les enfants, le premier jugement leur suffit en général, à moins de forcer leur attention à le redresser par des jugements nouveaux. « Un des grands progrès de l'enfant, dit Pérez, consiste à pouvoir consciencieusement prouver ou corriger ses premiers jugements reconnus insuffisants par ceux que l'attention fait venir à leur suite. » Mais, ce progrès, nous le constatons à peine ébauché chez l'idiot et l'imbécile, précisément parce qu'il suppose, outre des images et des associations d'idées nombreuses, l'exercice de l'attention volontaire qui est si faible chez les derniers et pour ainsi dire nulle chez le premier.
Ce qui dénote encore le progrès du jugement, c'est la clarté, la précision du langage. Nous avons vu combien il reste toujours défectueux, ce qui indique que leur pensée est elle-même peu claire, peu précise.
Il en est qui sont très tenaces dans leurs jugements. Mais il ne faut pas confondre la ténacité avec la fermeté. Sous ce rapport on observe souvent un entêtement absurde. C'est du reste le propre des esprits limités dans leurs idées, en possession de peu d'images, de peu d'associations variées, d'être les pius entiers et quelquefois les plus ardents dans leurs affirmations.
Ajoutons toutefois qu'il faut, pour faire une affirmation assez tenace, un ensemble d'idées assez étendu, tout en n'ayant pas un nombre d'associations suffisantes pour choisir celle qui est la seule juste. Or les idiots ayant trop peu d'idées sont en général peu têtus, tandis que les imbéciles le sont beaucoup plus souvent. M. Dagonet exagère certainement en disant que les imbéciles n'ont pas de jugement, ou un jugement erroné, que les jugements qu'ils émettent ne leur sont jamais propres. Ils sont, sous ce rapport, comme tous les instables; les jugements émis devant eux frappent leur esprit et y restent à l'état latent. Puis, un jour, ils les émettent et on est quelquefois surpris de les entendre sortir de leur bouche. En réalité, ce n'est pas leur esprit qui les a fabriqués, et assurément le plus grand nombre des jugements qu'ils portent, mais non pas tous, sont ainsi suggérés en quelque sorte.
Les imbéciles ont surtout un fait caractéristique , c'est l'illusion qu'ils se font sur leurs facultés intellectuelles. Cette présomption les porte à une fatuité souvent excessive, pour peu surtout qu'on s'y prête en ayant l'air de les admirer et d'y croire. Si on admire ainsi un de leurs jugements assez juste, ils se gonflent rapidement, et on arrive bientôt, une fois lancés, à leur faire dire spontanément les plus énormes sottises. Pour obtenir d'eux un jugement sain, ou à peu près, il faut continuellement redresser le point défectueux de leur raisonnement. Quoi qu'il en soit, on n'obtient d'eux que des jugements très simples, c'est-à-dire, en somme, l'expression de leurs perceptions.
A côté de l'entêtement sur un jugement erroné qu'ils ont souvent, il faut aussi noter la forme impulsive donnée aux actes par suite de l'ignorance où ils sont et de leur incapacité de redresser leur jugement, et même d'en douter.