DE LA VOLONTÉ, DE LA PERSONNALITÉ ET DE LA RESPONSABILITÉ
SOMMAIRE : La volonté chez l'individu normal. — État de la volonté chez les idiots, d'après les auteurs , — Mouvements volontaires. — Phénomènes d'arrêt. — Attention volontaire. — Mobiles des volitions : physiques, intellectuels et moraux. — Choix et détermination. — Suggestibilité. — Conscience. — Personnalité. — Responsabilité morale et civile. — Capacité civile. — Évolution psychologique.
Séguin considérait la lésion de la volonté comme fondamentale dans l'idiotie. Il semble, à le lire, que celte diminution de la volonté soit regardée par lui comme la cause même de l'idiotie et que les lésions des autres modes d'activité psychique ne soient que consécutifs, que la lésion de la volonté soit en quelque sorte indépendante. Nous avons déjà, à propos de la classification, essayé de montrer la fausseté de ce point de vue, et comment on ne pouvait concevoir la volonté indépendamment du fonctionnement général du cerveau, admettre une volonté parfaite dans un cerveau incomplètement développé, ou une absence de volonté aussi complète que chez l'idiot avec un cerveau normal.
La volonté n'a pas un siège spécial dans les centres nerveux et on n'a jamais rencontré une lésion nettement cir-
consente entraînant la perle de la volonté. D'autre part, quand le cerveau est atteint, dans un point plus ou moins étendu, cette atteinte retentit toujours sur l'ensemble de son fonctionnement. Lorsqu'il est atteint dans toute son étendue, comme c'est le cas le plus fréquent dans l'idiotie, on conçoit à plus forte raison que les fonctions intellectuelles doivent être toutes atteintes plus ou moins.
On n'envisage plus aujourd'hui la volonté comme un simple état de conscience qui résulte de la coordination plus ou moins complexe d'un groupe d'états conscients, subconscients ou inconscients (purement physiologiques), qui, tous réunis, se traduisent par une action ou un arrêt. La coordination a pour facteur principal le caractère qui n'est que l'expression psychique d'un organisme individuel. L'acte par lequel cette coordination se fait et s'affirme est le choix fondé sur une affinité de nature (Ribot1).
Dans cette théorie de la volonté, on ne se trouve en présence que d'un cas très compliqué de la loi des réflexes, dans lequel, entre la période dite d'excitation et la période motrice apparaît un fait psychique capital, la volition, montrant que la première période finit et que la seconde commence (Ribot). La volition seule existe, c'est-à-dire un choix suivi d'actes. Pour qu'elle se produise, certaines conditions sont nécessaires. L'ensemble de ces conditions nécessaires et suffisantes peut être appelé volonté. Par rapport aux volitions, elle est une cause, bien qu'elle soit elle-même une somme d'effets, une résultante variant avec ses éléments (Ribot).
Ces préliminaires de psychologie normale sont nécessaires pour examiner les idiots. Griesinger, et avec lui Ribot qui se borne à le citer, ont peu approfondi ce sujet. Voici, du reste,