‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 147 sur 213 · INHIBITION DE LA VOLONTE · texte numérisé non relu

INHIBITION DE LA VOLONTE

Le pouvoir d'arrêt de la volonté se développe plus tardivement que le pouvoir d'action, de même que chez les enfants ordinaires, et il n'est jamais aussi développé. Il en résulte que l'impulsion est la forme la plus fréquente d'activité chez les idiots et même chez les imbéciles. Il y a en effet une différence énorme entre les deux. Chez 1 idiot, l'excitation nécessaire pour déterminer un mouvement devant toujours être très forte, la mise en jeu du pouvoir d'arrêt n'a souvent pas de raison d'être. Il n'a lieu d'intervenir que si l'excitation détermine le passage à l'acte. Chez lui ce n'est pas le pouvoir d'arrêt qui empêche l'acte de se produire, c'est le défaut d'une action suffisante. Il n'y a donc pas équilibre entre les deux pouvoirs, il y a insuffisance de l'un et absence de l'autre. Cette proposition n'existe pas chez l'imbécile. Chez lui il y a impulsion vive, réaction rapide, souvent fausse, par suite de l'association vicieuse que nous avons signalée chez lui. Le pouvoir d'arrêt n'est que très faible. Mais l'excitation étant suffisante pour produire l'acte, il se produit sous forme de véritable réflexe, sans que rien vienne l'enrayer.

Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des impulsions inconscientes qui poussent les idiots à briser, à incendier, à tuer sans motifs, sans comprendre ce qu'ils font, mais bien des impulsions conscientes qu'ils ne peuvent maîtriser. Or» c'est souvent chez les imbéciles qu'on rencontre ces dernières. Ils agissent criminellement pour satisfaire un penchant parce qu'ils éprouvent du plaisir à le satisfaire. Aussi dangereux l'un que l'autre, l'idiot et l'imbécile ne le sont pas au même titre et nous aurons lieu au point de vue médico-légal de revenir sur cette différence capitale pour nous.

C'est aux imbéciles que peut s'appliquer ce passage de Ribot : « L'adaptation intellectuelle est très faible, du moins

très instable ; les motifs raisonnables sont sans force pour agir ou empêcher; les impulsions d'ordre inférieur gagnent tout ce que les impulsions d'ordre supérieur perdent. La volonté, c'est-à-dire l'activité raisonnable, disparaît et l'individu retombe au règne des instincts. »

Les sentiments capables de déterminer des volitions sont différents chez les idiots et les imbéciles. Avec les premiers, on obtiendra beaucoup plus par la douceur, par la confiance qu'on leur inspire que par tout autre moyen. Et autant on peut en tirer quand on emploie ces procédés, autant ils deviennent impossibles à diriger et à éduquer quand on veut agir brusquement. Avec la majorité des imbéciles, c^st au contraire par l'ostentation de la force, par l'intimidation, par la crainte qu'on peut arriver à les faire travailler. Dès qu'on se relâche, la discipline, la grossièreté reparaissent.

Il en est de même pour un autre mobile, l'amour-propre. Très peu développé chez l'idiot, il l'est au contraire beaucoup chez Timbécile, et, en le stimulant, on peut arriver à lui faire faire des choses qu'il n'aurait jamais faites autrement. Il est à remarquer en outre qu'on obtient beaucoup plus en flattant cette tendance qu'en l'humiliant. Toute satisfaction d'une tendance est du reste plus capable de déterminer un acte que son arrêt.

Quant aux sentiments affectifs proprement dits, à l'affection pour les parents, à l'amour, à l'amitié, ce sont des mobiles également différents chez les deux catégories de sujets. Chez les idiots, les sentiments affectifs, quand ils sont capables de naître, sont plus marqués que chez les imbéciles. La peine que les idiots ont l'air de faire aux personnes qui s'occupent d'eux les touche beaucoup plus que les imbéciles. Ceux-ci peuvent en effet s'attendrir sur le premier moment. Mais ils oublient très rapidement qu'ils

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