MOBILES INTELLECTUELS
ont pu causer du chagrin, soit qu'ils n'en aient pas conscience, soit qu'en ayant conscience ils y soient indifférents. Le défaut de développement sexuel chez la plupart des idiots entraîne aussi l'absence d'émotion sexuelle et des actes qui en découlent. Chez l'imbécile, au contraire, les fonctions génitales sont souvent très développées, l'émotion sexuelle très forte, pervertie en outre et impulsive. Aussi est-ce cette catégorie d'individus qui se rendent coupables de la plupart de ces crimes et attentats monstrueux accomplis avec un cynisme inouï, accompagnés de raffinement de cruauté et de brutalité sans but, ces viols, suivis de dépeçage de la victime, accomplis sur de tout jeunes enfants, de vieilles femmes ou des cadavres. Sous ce rapport, l'imbécile est un être beaucoup plus dangereux que l'idiot.
Il nous reste à considérer les mobiles intellectuels, c'està-dire les actes accomplis sous l'influence d'un jugement ou d'un raisonnement. En étudiant ce dernier, nous avons vu combien il était rudimentaire chez les idiots, faussé chez les imbéciles. C'est donc seulement à des raisonnements très simples qu'obéira l'idiot. Encore ce raisonnement, faudrat-il le lui formuler le plus souvent, car il en est incapable, à moins que ce soit plutôt un simple jugement qu'un raisonnement. Chez l'imbécile, le raisonnement étant souvent faux, les actes qui en découleront comme conclusion ne sauraient être qu'inopportuns par conséquent. Ce n'est du reste pas en vertu de raisonnements qu'ils agissent le plus souvent, mais bien de jugements seulement. Or nous avons vu la rapidité de leur réflexe moteur. Ils jugent à tort et à travers sur la première impression qui les frappe, qu'elle corresponde ou non à la qualité fondamentale de l'objet considéré. L'acte suit aussitôt le jugement porté, car rien ne vient le contrebalancer, tant il s'impose à l'esprit comme absolu.
Ceci nous amène à considérer la façon dont les idiots font choix, et se déterminent. Vouloir, c'est choisir pour agir, a dit Ribot Trois cas peuvent se présenter : ou l'impulsion manqie et aucune tendance à agir ne se produit (aboulie) ; l'impulsion trop rapide et Irop intense empêche le choix ; enfin il est des cas où la volonté ne se constitue que sous une forme chancelante, instable et sans efficacité. Ces trois cas qui représentent des affaiblissements de la volonté se rencontrent chez tous les idiots et imbéciles.
Chez les idiots, c'est surtout le premier cas qui se présente, quelquefois le second. Chez l'imbécile, c'est souvent le second et surtout le troisième. Mais ce sont là des indications générales, et, dans la pratique, il y a lieu d'observer un peu plus de détails. Laissons les premiers cas où l'idiot, insensible à toute excitation, indifférent à tout, ne sait et ne peut pas vouloir, et examinons surtout la façon dont il choisit et dont il se détermine à agir quand il en est capable : Chez l'idiot, à qui on présente deux choses susceptibles de lui faire plaisir, on voit souvent une grande hésitation pour choisir entre les deux. Il va d'un objet à l'autre, sans pouvoir se décider. Souvent il est difficile de lui faire comprendre qu'il doit choisir une chose à l'exclusion de l'autre. Il veut prendre les deux objets ensemble et se fâche quelquefois quand on lui retire celui sur lequel il n'a pas d'abord mis la main : il ne choisit donc pas, souvent parce qu'il ne sait pas choisir. Cette hésitation qu'il met à se décider entre deux objets, il la met plus encore dans le choix de ses idées. Aussi se détermine-t-il le mieux quand il n'a pas de choix à faire, ce qui prouve la faiblesse de sa volonté. Son inaction, son indifférence doivent tenir en grande partie à cet état d'indétermination dans lequel il est plongé. L'imbécile, mis à même de choisir entre deux objets dé-