‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 149 sur 213 · DÉTERMINATION · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION

sirables, n'hésite guère. Si on lui présente les deux choses en même temps, il semble prendre au hasard, ou en vertu d'un motifle flattant plus vivement, san> raisonner sur les avantages réels et futurs qu'il en pourra retirer. Souvent après avoir choisi le premier objet, il se décide pour le second, et cela un certain nombre de fois après plusieurs oscillations entre les deux objels. Si on lui présente séparément les deux objets, il choisit tout de suite le premier. Puis, quand arrive le second, il abandonne aussilôt le premier. C'est toujours à l'impression du moment qu'il obéit. Mais souvent d'un mot, vous le faites changer de détermination. Une fois en possession de l'objet choisi, il est bien rare qu'il ne regrette celui qu'il a laissé. Tandis que l'idiot ne sait pas se décider, mais se lient à sa détermination, une ibis que pour une raison ou une autre, il en a pris une, l'imbécile oscille sans cesse, abandonne une idée pour en prendre une autre, revenir à la première et ainsi de suite, sans ligne de conduite. Nous avons pris un exemple simple et concret, portant sur le choix des deux objets matériels; que sera-ce donc lorsqu'il lui faudra se déterminer entre plusieurs idées, entre plusieurs mobiles! Cette indécision de son esprit explique son instabilité caractéristique.

L'imbécile est en outre d'une extrême suggeslibililé. Aujourd'hui qu'on s'occupe vivement, et avec raison, de celte question de la suggestion à l'état normal, il n'est pas sans intérêt de voir son étendue chez les imbéciles. Il est deux cas où elle est peu praticable. C'est un affaiblissement extrême 01, au contraire, une trop grande intensité de l'impulsion volontaire. Quand la volonté est au contraire instable et mobile, on comprend quelle prise elle a sur les individus. C'est ainsi qu'elle agit beaucoup plus chez les

femmes que chez les hommes, chez les gens nerveux que chez les gens normaux, chez les enfants que chez les adultes.

Chez l'idiot, où la volonté est toujours très affaiblie, où les déterminations motrices se produisent si difficilement, la suggestibilité est très faible et n'existe pour ainsi dire pas. L'acte suggéré ne s'impose pas plus que l'acte spontané et même moins que lui, car on ne met en jeu qu'un seul motif, alors qu'il en existe toujours plusieurs dans l'esprit, si faibles qu'ils soient et si inégaux en valeur, pour déterminer un acte volontaire. Il est tout naturel qu'une simple impression, forcément de peu de durée, ait bien de la peine à se fixer dans un cerveau aussi rebelle que celui d'un idiot et ne puisse lutter avec avantage contre des impressions et des tendances anciennes qui, nous l'avons vu, se fixent avec une grande ténacité chez l'idiot. Leur indifférence à agir est, de plus, une cause qui les empêche de se laisser suggérer.

Toute autre est la tendance des imbéciles. Chez eux, au contraire, on observe une suggestibilité extrêmement grande, mais de peu de durée. Quand ils font quelque mauvais coup, ils entraînent toujours d'autres camarades avec eux, et bien souvent arrivent ainsi à commettre des actes criminels par suite de la simple suggestion d'un d'entre eux, ou de quelque circonstance de peu d'importance. Si nous ajoutons que cette suggestion se fait surtout dans le sens de leurs tendances naturelles et de leurs instincts, et si nous rappelons qu'ils ont en général un caractère anti-social remarquable, nous comprendrons combien cette facilité de la suggestion est redoutable chez eux et combien il faut en tenir compte au point de vue médico-légal. — Nous aurons donc lieu d'y revenir.

Si la suggestion est possible chez eux, cela prouve que les idées qu'on leur suggère sont aussi puissantes pour les faire agir que celles qui sont déjà fixées dans leur cerveau, ou, pour

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mieux dire, cela signifie que ces dernières sont si peu tenaces que leur pouvoir n'est pas plus fort que celui d'une impression récente. Cela prouve en outre que ce qui détermine l'acte est un seul motif, une seule idée, car autrement, si le motif qui les déterminerait à agir en sens opposé, éveillait des associations préalables énergiques, il est évident que toutes ces idées, si faibles qu'elles fussent séparément, l'emporteraient par leur somme sur une nouvelle idée suggérée. La suggestibilité de ces malades montre donc le peu de ténacité, le peu d'intensité des impressions anciennes et le peu de force des associations d'idées. Aussi le pouvoir d'arrêt est-il à son maximum. La moindre incitation récente un peu vive efface la tendance qu'on s'est efforcé depuis longtemps de leur faire acquérir.

Si on compare leur suggestibilité avec celledes hystériques, on constate qu'elle a une grande analogie. Chez ces derniers, la suggestion par les personnes se fait de deux façons, ou parce qu'elles n'ont pas plus de volonté qu'eux ou parce qu'elles en ont beaucoup. C'est en effet soit des personnes esclaves de leurs caprices qui leur font partager leurs idées par imitation, ou au contraire des personnes qui leur commandent énergiquement ce qu'ils ont à faire. Hors de ces deux termes, pas de milieu. Il en est de même des imbéciles. Les moindres actes ou idées déraisonnables dont ils sont témoins déterminent chez eux l'impulsion à les imiter et à les suivre ; ou bien il faut qu'ils craignent leur maître ou aient une absolue confiance en lui, ce qui est plus rare, pour qu'ils se laissent diriger.

Les imbéciles subissent très facilement la contagion morale. Despine1 rapportait l'imitation à quatre causes : 1° l'ins-

1. Despine, De V imitation considérée au point de vue des différents principes qui la déterminent. Annales méd.-psych. 1871.

tinct d'imitation, d'autant plus développé que l'individu est moins avancé en âge et que son intelligence est plus oblitérée ; 2° la loi de l'intérêt; 3° la contagion morale; 4° la contagion nerveuse. Nous avons ici affaire à la troisième cause pour nous expliquer la facilité avec laquelle les imbéciles imitent les actes qu'ils voient commettre, et, comme dit Esquirol : « Ce principe d'imitation est sans contredit le plus important à cause des conséquences graves qui en dérivent. » Ils obéissent en effet à cette loi naturelle que pose Despine : Toute manifestation des instincts de l'âme, sentiments et passions quelconques, excite des sentiments et des passions semblables, et par conséquent des désirs semblables chez les individus qui sont susceptibles d'éprouver ces éléments instinctifs à un certain degré. C'est <e qu'on appelle aujourd'hui la suggestion.

L'étude de la conscience et de la personnalité ne peut qu'être déduite de ce que nous savons du fonctionnement du reste de l'intelligence, la conscience n'étant qu'un phénomène surajouté aux faits psychiques et ne les constituant pas, et la personne n'étant que la coordination, la combinaison des actes psychiques. Comme il est déjà bien difficile d'analyser ces phénomènes chez l'individu normal, capable de dire ce qu'il éprouve, comment il pense, et d'observer les autres, et qu'on est obligé, pour y arriver, d'étudier d'abord les éléments dont ils se composent et les anomalies qu'ils peuvent présenter pour y chercher leur caractéristique, à plus forte raison serons-nous réduit, chez des êtres comme ceux que nous éludions, à agir par déduction , d'après ce que nous avons déjà appris d'eux.

Dans quelle mesure les idiots ont-ils conscience de leurs actes et de leur personnalité, quelle est chez eux la part du

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