‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 150 sur 213 · CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE

conscient et de l'inconscient, lequel l'emporte sur l'autre, voilà autant de queslions qu'il est bien délicat de résoudre.

Chez les idiots absolus, purs automates végétatifs, il est bien vraisemblable qu'aucun acte n'est à proprement parler conscient. Si, d'autre paît, nous considérons quelles faibles sensations organiques il ont, nous sommes amené à nous demander s'ils ont rien d'analogue au sentiment de leur propre existence, de leur personnalité. Les mutilations volontaires auxquelles ils se soumettent paraissent bien propres à faire penser qu'ils n'ont qu'une conscience très vague de leur personnalité.

Chez les idio'.s supérieurs, éducables, nous ne pouvons encore que bien peu apprécier l'état de leur conscience, car leur défaut de langage nous empêche de savoir s'ils se rendent bien compte eux-mêmes de ce qu'ils ressentent, de ce qu'ils veulent. — Nous trouvons encore chez eux une grande part d'automatisme, lequel exclut la conscience ou la rend très faible. Leur absence ds notion du temps, leur défaut de mémoire monl rent bien aussi que, pour eux, la vie se compose plutôt d'une série de moments successifs très peu reliés entre eux ou dont ils saisissent à peine le rapport, que d'un enchaînement de circonstances jalonnées de points de repère. Dans ces conditions, le sentiment de la personnalité, qui a pour condition sine quâ non le sentiment de la continuité de sa propre existence, doit être forcément très rudimentaire.

Pour qu'un acle psychique soit conscient, qu'il se développe sous l'influence d'une excitation extérieure ou d'une excitation intérieure, il faut que cette excitation ait une certaine intensité et une certaine durée. Or, chez l'idiot, Lacté psychique, réflexe de l'excitation, est très lent à se produire, à cause de la faible intensité de l'excitation, ou, pour mieux dire, de la grande résistance du cerveau. D'où il

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résulte que la plus grande partie des actes psychiques est vraisemblablement inconsciente, à moins d'employer pendant bien longtemps une impression intense. Lorsqu'ils s'accompagnent de conscience, Gelle-ci doit être en tous cas bien faible.

Si les mutilations volontaires, ou l'insensibilité dont ils font preuve dans les affections organiques ou dans des opérations, permettent de se demander s'ils se rendent compte qu'ils sont distincts du monde extérieur, et si les sensations qu'ils éprouvent sont en dehors ou en dedans d'eux, il est encore un autre fait qui est une sorte de maladie de la personnalité : c'est la stupeur dans laquelle quelques-uns sont plongés, et cela non pas continuellement, par défaut absolu d'intelligence et d'idées, mais bien périodiquement. C'est ce que nous avons signalé en parlant d'idiots hibernants.

Ces deux choses du reste, conscience et personnalité, sont intimement liées et on ne saurait comprendre le sentiment du moi sans la conscience des actes qui s'y passent. Nulles chez l'idiot absolu, elles existent, quoique faiblement, chez l'idiot éducable, où elles vont en se développant avec le cerveau et l'intelligence en général.

A mesure que nous nous élevons dans l'échelle nous commençons à apercevoir de plus en plus la conscience et la personnalité. C'est ainsi que la mémoire volontaire, l'attention volontaire, ense développant, impliquent la conscience des actes psychiques et l'idée d'un moi continu. Aussi chez les imbéciles trouvons-nous beaucoup moins d'automatisme dans les actes et une notion assez nette de la personnalité. Toutefois nous avons vu que chez eux, à cause de la faiblesse des associations d'idées, le rétïexe psychique est quelquefois si rapide que l'acte devient impulsif et inconscient à cause de sa rapidité même.

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