PERSONNALITÉ
Ceci nous montre, étant donnée la fréquence des impulsions chez les imbéciles, combien souvent la conscience fait défaut chez eux. Chez d'autres, on trouve une conscience très atténuée de leur vie psychique. Ils sont incapables de vous dire exactement quel sentiment les fait agir au moment où ils agissent. Ils ne savent que répondre quand on leur demande à quoi ils pensent, et, de fait, souvent ils ne pensent à rien, ne fixent leur attention sur rien. Ils vont, viennent, restent immobiles à regarder dans le vide plutôt que de faire quoi que ce soit, ou travaillent machinalement sans avoir l'air de comprendre le but de ce qu'ils font.
Mais, pour avoir la notion de la personnalité, il n'est pas indispensable que tous les actes psychiques soient conscients, il suffît qu'ils le soient dans un certain nombre de cas, et puissent l'être, si le sujet y prête attention, et que l'excitation soit suffisante. C'est ce qui arrive chez les imbéciles, où, si la conscience est souvent obnubilée, elle existe dans certains cas très nette, avec un sentiment parfait de leur personnalité. Ils en ont même quelquefois une trèshaute idée et quand ils délirent, ils offrent fréquemment des idées de grandeur, qui prouvent un sentiment de la personnalité anormal, et en quelque sorte hypertrophié.
Maintenant que nous avons jeté un rapide coup d'oeil sur l'état de la conscience et de la personnalité, encore que ce que nous en pouvons savoir soit bien peu de chose, nous sommes cependant plus à même d'aborder la question de la responsabilité, qui est intimement liée à la conscience des actes et à la notion de la personnalité.
Mais auparavant jetons un; coup d'œil d'ensemble sur le caractère général des idiots et des imbéciles. Dans le cours
de cette élude, nous nous sommes attaché à montrer la différence qui existait entre ces deux catégories de sujets, non seulement au point de vue psychologique, mais aussi au point de vue social. Nous avons cru pouvoir réhabililer en quelque sorte l'idiot, et nous montrer plus sévère pour l'imbécile. Ce n'est pas une question de sentiment qui nous y a porté, mais bien l'élude des faits, et en consultant les personnes qui vivent continuellement au milieu des uns et des autres, il suffit de voir l'expression de leur physionomie lorsqu'on leur demande leur avis sur les deux catégories, pour être aussitôt fixé sur la réalité de la différence que nous avons établie.
L'idiot est, avant tout, un être incapable d'action et d'idées. C'est un individu incomplètement développé. L'imbécile est au contraire un individu anormalement, irrégulièrement développé, capable d'actions et d'idées qui forcément sont anormales pour la plupart, comme le cerveau qui les élabore. L'idiol peut présenter une certaine sensibilité affective, durable; l'imbécile est égoïste, souvent méchant, même pour ceux qui lui font du bien. L'idiot agit plus sous l'influence de la douceur, l'imbécile sous celle de la crainte; l'un est timide, l'autre arrogant; l'un est capable de travailler, l'autre est un paresseux endurci; l'un est bon, l'autre est mauvais. Chez l'un le raisonnement est faible, chez l'autre il est faux. Chez le premier, la volonté est faible, chez le second, elle est instable. L'idiot n'est guère suggestible, l'imbécile l'est beaucoup.
Il résulte de ce résumé comparatif des deux catégories, prises en général, bien entendu — car il y a de nombreuses exceptions — que les idiots sont beaucoup moins nuisibles que les imbéciles et que ces derniers sont tout aussi inutiles que les premiers. Les idiots sont extra-sociaux, les imbéciles anti-sociaux.