‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 152 sur 213 · RESPONSABILITE · texte numérisé non relu

RESPONSABILITE

En partant de cette donnée, nous devons maintenant nous demander quelle responsabilité on doit leur accorder. A prendre les choses froidement et scientifiquement, il est bien évident que la responsabilité humaine n'est qu'un mot. L'organisme qu'on hérite de ses parents est déterminé par les lois de cette hérédité et par les conditions au milieu desquelles il se trouve placé ensuite. Il n'y a qu'une chose à considérer, c'est la disposition qu'on a à être influencé par l'éducation, et comme celle-ci ne dépend pas non plus de l'individu lui-même, mais de son entourage, pour avoir un pouvoir d'arrêt sur certaines tendances, il faut que l'organisme cérébral en soit susceptible. La liberté humaine n'existe donc pas à proprement parler, et il ne saurait par conséquent être queslion de responsabilité. « Notre illusion du libre arbitre, dit Spinoza, n'est que l'ignorance des motifs qui nous font agir. » Si nous nous rattachons à cette théorie pour l'homme complètement développé, à plus forte raison en serons-nous partisan pour des sujets dont les cerveaux sont aussi faiblement constitués, aussi anormaux dans leur développement et dans leur fonctionnement que ceux des idiots et des imbéciles.

Si nous nous plaçons au point de vue de la responsabilité sociale nous voyons qu'en somme elle consiste simplement dans l'aptitude plus ou moins grande qu'on a à être modifié dans ses actes ou dans ses sentiments par la crainte des peines ou l'attrait des jouissances. Mais de ce qu'on n'admet pas la responsabilité humaine au sens spiritualiste, il ne s'en suit pas du tout qu'on nie la nécessité de la réprimande ou du châtiment et de la récompense. C'est la base de la morale qui se trouve déplacée, voilà tout. Au lieu de punir un individu parce qu'il a eu plus ou moins conscience du mal qu'il a commis, on le punit en propoition du dommage

causé, de façon à associer chez lui l'idée de la grandeur de la peine à celle du mal commis. Au lieu de parler d'êtres responsables ou irresponsables, on ne parle que d'individus utiles, incapables ou nuisibles. Les utiles on doit les encourager; les impuissants, on doit les protéger ; les nuisibles, on doit les éviter et les mettre hors d'état de nuire. Le rôle de la société doit être avant tout de se protéger elle-même et de ne pas dépenser ses forces au service d'êtres qui, non seulement, ne peuvent l'aider, mais ne peuvent que l'entraver et lui causer des dommages. Voilà le point de vue pratique auquel on sera bien forcé un jour ou l'autre d'immoler le sentimentalisme exagéré dont on abuse tant en cette fin de siècle, où la dégénérescence sous toutes ses formes s'accuse de si terrible façon, absorbant pour son entretien une si grande somme de forces vives et où il devient plus avantageux d'être un incapable, un indiscipliné, un ivrogne que d'être un travailleur bien équilibré. Plus la tare est considérable en effet, plus on est assuré d'avoir un asile et du pain pour le restant de ses jours. L'ouvrier intelligent qui a travaillé toute sa vie pour élever sa famille n'est jamais sûr d'en avoir autant.

D'après ce que nous avons dit des idiots et des imbéciles, nous voyons que les premiers appartiennent à la catégorie des impuissants, des faibles que nous devons protéger, c'està-dire, prendre à notre charge, et que les seconds appartiennent, au moins en grande partie, à celle des êtres nuisibles. En présence des idiots, on doit donc leur fournir les moyens de vivre, car ils sont incapables de se les procurer eux-mêmes. Ce sont, sous un certain rapport, de véritables malades qui doivent être assistés au même titre que tous les infirmes chroniques.

En ce qui concerne les imbéciles, êtres inutiles et dan-

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