‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 29 sur 213 · ABSENCE DE VOLONTÉ · texte numérisé non relu

ABSENCE DE VOLONTÉ

et pour leur pâture, l'idiot (s'il n'est perclus) est capable de tonrner ou de renverser tous les obstacles avec une patience et une ingéniosité qui semblent tenir du prodige, eu égard à son état;

« 9° Ni les goûts qui, fussent-ils bornés au désir de déchirer de la toile, de lécher une faïence, etc., occupent aussi assidûment son esprit que le goût du tabac, de la danse, de l'ivrognerie, du jeu, occupent les esprits les mieux faits;

« 10° Ni ses désirs qui veulent être satisfaits, comme son unique désir, le nombre n'y fait rien, non plus que ses répugnances ;

« 11° Ni ses affections et antipathies personnelles, qui se prononcent enfin dès qu'il vit dans un milieu propre à les exercer ;

« 12° Ni sa volonté même qui existe dans la limite négative que je marquerai.

« Donc ses instincts sont bornés, mais impérieux; ses sensations déterminent en lui l'exercice de l'attention, de la comparaison, du jugement, de la mémoire, de la prévision, de la volonté; il fait acte en un mot de toutes les facultés dites intellectuelles, et pourtant il est idiot.

« Que lui manque-t-il donc intellectuellement pour ressembler à tout le monde ?

« Il ne lui manque aucune faculté intellectuelle, mais il n'a pas la liberté nécessaire pour appliquer ses facultés dites intellectuelles à l'ordre des phénomènes moraux et abstraits; il lui manque la synergie, la spontanéité d'où jaillit la volonté morale.

« L'idiot jouit de l'exercice de toutes ses facultés intellectuelles mais il ne veut (?) les appliquer que dans l'ordre des phénomènes concrets; et encore seulement à ceux des phénomènes concrets dont la texture, la forme, la saveur, le

goût, le son , ou telle autre propriété particulière (et que sour vent il apprécie seul) sollicitent en lui un désir, une manifestation de l'intelligence, de la vie. Mais il y a plus : non seulement l'idiot est en rapport volontaire qu'avec des phénomènes concrets, non seulement il limite ces phénomènes concrets, avec lesquels il entre en rapport, à un très petit nombre, à un seul quelquefois, mais encore cet unique phénomène ou ce petit nombre, ne vous imaginez pas qu'il en ait une idée ou seulement une notion exacle ou complète, nullement. Dans chaque phénomène, son intelligence active jusque dans sa paresse semble se hâter d'éliminer toutes les propriétés qui ne sont pas le but de son élection ; elle ne veut voir dans un dessin que la couleur, ne sentir que le poli dans le mêlai, n'entendre que certains bruits dans la réunion d'un grand nombre, et par un procédé d'élimination qui serait peut-être impossible aux natures les mieux organisées, elle réussit à ne se laisser impressionner que par une seule propriété de choses qui en ont nécessairement un grand nombre. L'idiot goûte ainsi instinctivement le charme de sensations très nettes et très prolongées, sans distraction possible, soit de la part des sens qui ne sont pas appelés à fonctionner, soit du côté de l'intellect qui reste toujours et tout entier subordonné à une perception unique.

« Tels sont, en ne tenant aucun compte des anomalies particulières à chaque sujet, les symptômes psychologiques de l'idiotie ; tel est Fétat intellectuel de l'idiot, Ibioq, solitarius, seul; seul avec la sensation unique, sans rapport abstrait ni conventionnel volontaire, sans volonté intellectuelle ni morale. Physiologiquement, il ne peut pas ; intellectuellement, il ne sait pas ; psychiquement, il ne veut pas; et il pourrait et il saurait s'il voulait ; mais avant tout, et surtout, il ne veut pas ! »

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