SIGNES DE DEBUT
conséquences irrémédiables qui peuvent en résulter. Que le nouveau-né ait des sensations absolument inconscientes, cela n'est pas douteux, comme en témoignent les mouvements réflexes qu'elles déterminent, mais que ces sensations et ces mouvements n'aient aucun retentissement dans les centres d'idéation sensationnelle et motrice, que l'enfant soit un être purement spinal, comme le pensent Virchow et un grand nombre de physiologistes, nous ne le croyons pas. Et, en effet, un idiot qui l'est du fait d'émotions violentes de la mère pendant la grossesse, par exemple, présente, dès sa naissance, un aspect, une physionomie spéciale, qui échappe souvent à des parents peu observateurs, mais qui saute aux yeux de personnes attentives.
Passons donc rapidement en revue ces divers signes de début. Les parents sentent mieux qu'ils ne peuvent décrire ce je ne sais quoi qui les choque et qui les inquiète dans leur enfant. « Il n'est pas comme les autres » est ce qui traduit le plus justement leur pensée. C'est qu'en effet, c'est surtout par comparaison qu'on peut saisir les nuances si délicates qui séparent différents enfants en très bas âge. Si, avec beaucoup d'attention on arrive à démêler quelque chose, l'expérience qu'on a des jeunes enfants sert plus que n'importe quoi en cette occasion. Le jeune enfant, en effet, forme un ensemble tout spécial et a une manière d'être générale sur laquelle on peut le juger. C'est cette manière d'être qu'il est si difficile de décrire, mais que chacun a présente à l'esprit chez des enfants normaux, qui frappe surtout les parents et l'entourage. Toutefois, il y a un certain nombre de manifestations que tous les eafants offrent dès l'abord et sur lesquelles en somme on les juge : le cri, les mouvements, le regard, l'action de téter, et ce sont les modifications que
présentent les idiots dans ces manifestations normales qui attirent le plus vivement l'attention.
Téter est le premier mouvement instinctif de l'enfant, la première chose aussi qu'on lui montre et qu'il apprenne. Or beaucoup d'idiots congénitaux ont de la difficulté à téter. Il semble que ce soit nouveau pour eux chaque fois qu'on leur présente le sein, et chaque nouvelle expérience ne s'ajoute pas à la précédente pour déterminer chez eux une idée, si peu consciente qu'elle soit.
Chez d'autres on remaïque immédiatement des cris persistants, ou par accès de longue durée, « Ils ne font qu'un cri » disent les parents, et en vérité, on pourrait croire à de l'exagération si on n'était pas témoin de la persistance extraordinaire de ces accès de cris sans motifs. Cette absence de motifs, lorsqu'elle est bien constatée, doit toujours attirer l'attention.
Chez un certain nombre d'idiots, il y a cécité congénitale, ce qui est déjà un signe de dégénérescence assez profonde qui doit d'autant plus faire craindre pour l'état intellectuel que l'absence d'un sens aussi important que celui de la vue enlève à l'enfant une source immense de connaissances.
Quand le regard commence à se diriger, les parents sont frappés des particularités qu'il présente. Le plus souvent d'abord, la direction du regard ne se montre que très tardivemgnt. Mais alors même qu'il paraît se porter d'un objet à un autre, on remarque que les idiots ne fixent pas. Tous les parents, qui ont quelque peu examiné leur enfant, tiennent à peu près le même langage : « Il avait un drôle de regard ». Et cependant il en est qui tournent la tête quand on leurprésente quelque chose. Mais dès qu'on déplace l'objet, le regard ne le suit pas. Dans certains cas, il est même tout à fait imppossible de déterminer la direction de leur regard