DIFFICULTÉ DE DESCRIPTION
l'état psychologique des idiols avec celui des enfants normaux, ne saurait mener à aucun résultat intéressant et est même impraticable.
Ce qu'on ne peut faire avec l'intelligence humaine, serait-il possible de le tenter avec l'intelligence des animaux, et de chercher dans la série animale un être dont le développement intellectuel fut l'équivalent de celui de telle ou telle variété d'idiots? Pas davantage. L'intelligence des animaux peut être aussi restreinte qu'on voudra, elle sera toujours normale dans son développement et comparable à ellemême. L'idiot est un monstre au point de vue psychologique comme il l'est souvent au point de vue physique, et les monstres ne sauraient comporter une description uniforme. Rien de ce qui est dans l'idiot n'est normal. Il n'y a pas seulement diminution dans la quantité, il y a modification dans la qualité des facultés.
En somme, description d'ensemble impossible parce que les idiots forment un groupe très diversifié, description comparative avec l'état psychologique des enfants normaux impossible, non plus qu'avec l'intelligence des animaux, parce que l'idiot, même éduqué, est un être anormal qui n'a pas d'équivalent absolu au point de vue psychologique dans la série animale normale.
Cette difficulté dans la manière de décrire l'état mental des idiots n'a rien qui doive surprendre, si on jette un regard sur celle qu'ont eue les auteurs à trouver une définition simple de l'idiotie et de l'imbécillité. L'énumération de quelques-unes des principales montrera combien l'abondance cache ici la pauvreté réelle. Peut-être serait il juste d'ajouter qu'il était bien difficile d'en donner une bonne.
Aussi Séguin, qui, cependant, se vantait d'être le premier à avoir bien connu l'idiotie, et dont le livre, excellent pour tout ce qui concerne le traitement physique et moral, est une diatribe continuelle contre les médecins, n'a pas de peine à critiquer, avec une suffisance qui fait souvent sourire, toutes les définitions de ses prédécesseurs. Mais quand il en vient lui-même à en proposer une nouvelle, on est surpris de voir qu'elle ne vaut pas mieux que les autres. Il s'efforce de substituer aux définitions négatives, une définition positive en disant : l'idiotie est une intelligence mal servie par des organes imparfaits; mais il craint de n'être pas entendu, et il n'insiste pas, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire, s'il avait cru dire juste. Du reste, la façon dont il comprend l'idiotie, et sur laquelle nous aurons à revenir à propos des symptômes psychologiques, est si singulière qu'elle dépare considérablement son étude médico-philosophique de l'idiotie.
Lorsque des hommes compétents se sont heurtés à cette simple définition depuis près d'un siècle, il nous parait bien inutile d'insister et d'en proposer à notre tour une nouvelle, qui aurait toute chance de ne pas valoir mieux. Tout le monde se comprend quand on emploie le terme d'idiot, et c'est là le principal. On ne lui a pas donné de synonyme, et c'était le seul moyen de lui laisser sa clarté.
Mais revenons à nos définitions de l'idiotie.
Si l'idiotie était une affection une dans son essence, son histoire tiendrait dans sa définition. Si aucune définition n'est applicable à tous les cas, cela prouve qu'il n'y a pas une idiotie, mais qu'il y a seulement des idiots. Eh bien ! cette difficulté que l'on a de caractériser en peu de mots l'état de ces idiots, n'est rien à côté de celle qu'on rencontre à chercher des différences caractéristiques entre leurs dif-