ODORAT
Bicètre, mange des araignées. Il n'y a pas jusqu'aux excréments qu'on ne voie dévorer par les idiots, et c'est ordinairement leurs propres excréments. On perdrait son temps à rapporter de nombreux exemples de perversions du goût. Il suffit d'indiquer qu'elles sont extrêmement fréquentes.
Les mêmes remarques s'appliquent à l'odorat. Plus encore peut-être pour les odeurs que pour les saveurs, les sens paraissent absolument obtus. On peut même affirmer que l'appareil sensoriel est touché, car des odeurs irritantes, comme l'ammoniaque par exemple, ne déterminent pas les phénomènes locaux et réflexes qui se manifestent si rapidement chez les individus normaux. Mais dans ce genre de recherches, il faut prendre garde à certaines causes d'erreur. Beaucoup d'idiots en effet, respirent très irrégulièrement, et si on n'a pas soin d'attendre plusieurs respirations en maintenant l'odeur sous le nez, on n'est pas sûr du résultat. Mais, toute cause d'erreur mise de côté, il n'en reste pas moins que la plupart des idiots différencient à peine les odeurs bonnes des mauvaises et quelquefois même des irritantes. Les deux sens du goût et de l'odorat sont du reste, en général, corrélatifs, mais, à côté des cas d'obtusion, on observe des cas d'acuité extraordinaire. C'est ainsi que Séguin parle d'idiots « qui distinguaient au flair seul l'essence des bois et des pierres, sans le concours de la vue et qui cependant n'étaient pas affectés par les odeurs et les saveurs stercoreuses, et dont le sens du tact était obtus et inégal ». Cette combinaison de sensibilité exquise pour certaines choses et d'insensibilité tient, pensons-nous, à ce que dans le premier cas, l'attention et l'intérêt étaient mis en jeu, tandis que dans le second, le sujet était absolument indifférent aux sensations perçues et que son insensibilité n'était qu'apparente.
La sensibilité tactile est très obtuse en général, mais elle Test toujours d'une manière uniforme et non par plaques. A ce point de vue, Séguin ' distingue les idiots en deux classes : ceux qui, n'ayant pas conscience des sensations qui dérivent du tact, ne recherchent pas l'usage du toucher ou le recherchent mécaniquement, et ceux qui n'ont ni la conscience de la sensation, ni la sensation elle-même, classes qui demandent chacune une méthode d'éducation spéciale. Chez les idiots profonds, on peut quelquefois se demander s'il n'y a pas anesthésie complète. On en voit qui se déchirent, s'écorchent, se rongent les doigts, qui se déchirent la joue jusqu'à l'oreille sans manifester la moindre sensation douloureuse. Car il est bien certain que s'ils ressentaient de la douleur, ils s'arrêteraient. Dans cet ordre d'idées, on a pu observer toutes les mutilations imaginables et qu'il serait sans doute sans intérêt de rapporter ici. La liste en est longue et ne serait jamais terminée. Chez ces idiots, le contact, la piqûre, le chatouillement ne sont pas sentis.
C'est à peine si quelquefois ils regardent d'un air indifférent ce qu'on leur fait.
A côté de ceux-là, il en est d'autres également profondément atteints qui, tout en ne manifestant pas de douleur doivent cependant éprouver quelque sensation obtuse, et peut-être, agréable, qui les porte à répéter sans cesse le même geste. Belhomme a remarquée ce propos qu'ils ont le besoin de ressentir des impressions paires, même douloureuses. Il cite l'exemple d'un idiot de quarante-huit ans qui se faisait remarquer par son esprit d'ordre et de rangement, qui aimait à voir les objets placés deux à deux. S'il voyait une fenêtre ouverte, il en ouvrait une seconde; si on le touchait