SENSIBILITÉ TACTILE
au bras, il se faisait toucher au bras opposé, s'il s'était fait mal aune jambe, il se frappait l'autre. Un jour, une bêche lui tomba sur le pied droit, il saisit la bêche et se la fit tomber sur le pied gauche.
Malgré des troubles de sensibilité très profonds, on peut cependant, par l'éducation, arriver à développer le sens du tact comme tous les autres. Ce serait même, d'après Séguin, le premier à exercer, car c'est par là que l'enfant entre en communication volontaire avec tout ce qui l'entoure, sans que la vue et l'ouïe aient besoin d'intervenir. Nous avons déjà dit qu'à Bicêtre on emploie les idiots aveugles à la vannerie. Ce travail qui demande une assez grande précision et surtout beaucoup de régularité est en général bien fait, même par des idiots sérieusement atteints. Chez certains même la sensibilité tactile prend un grand développement, et rien qu'au toucher ils reconnaissent les personnes qui les approchent. Cela nous prouve encore que l'anesthésie relative ou complète qu'on observe chez eux tient surtout au défaut d'attention. Dès qu'ils sont susceptibles d'éducation, c'est-à-dire d'attention, ils sentent, et on n'observe plus de troubles de la sensibilité. Ajoutons que nous n'avons jamais observé de dissociation de la sensibilité.
Chez les imbéciles, on peut rencontrer des troubles de la sensibilité, mais dans ce cas ils sont sous la dépendance d'une complication nerveuse, telle que l'hystérie surtout, et ils ne prennent aucune part à l'arrêt du développement intellectuel.
Les sensations thermiques sont parallèles à celles de la sensibilité tactile et douloureuse. Néanmoins on observe quelques particularités. Comme l'a déjà fait remarquer Morel, les fonctions de la peau s'exécutent mal et la température des idiots est au-dessous de celle qu'on observe nor-
malement. Aussi les voit-on s'approcher avec empressement des foyers de leurs salles de réunion, et quand ils bravent les rigueurs de la température ou lorsqu'ils s'exposent à toutes les intempéries des saisons, on doit attribuer ce fait aussi bien au manque d'intelligence qu'au peu de développement de la sensibilité générale (Morel). Cette susceptibilité au froid est sans doute la cause du grand nombre de décès par affections pulmonaires qu'on observe chez les idiots.
L'effet de la température sur les idiots mérite qu'on s'y arrête un instant. Il en est qu'on pourrait appeler hibernants. Nous avons vu à Bicètre un idiot qui, sous l'influence du froid de l'hiver, tombait dans une espèce de torpeur physique et intellectuelle presque absolue et qui ne se réveillait que sous l'influence de la chaleur du printemps.
Mais s'il en est dont la faible intelligence s'engourdit encoie, il en est d'autres chez lesquels elle s'excite par le fait d'une élévation de la température centrale. C'est une remarque que tous les observateurs ont faite, que, sous l'influence d'un léger mouvement fébrile, les idiots semblent jouir de facultés plus étendues. C'est le résultat de l'excitation des centres nerveux qui tombe bientôt du reste. Mais cela tend du moins à prouver qu'il existe un pouvoir intellectuel latent qui peut être mis en évidence par un excitant approprié. Ce que fait la fièvre dans ce cas particulier, une éducation bien appliquée peut le faire aussi dans une certaine mesure. Cela nous montre que c'est la mise en mouvement qui est difficile à obtenir, le stimulant convenable qui est malaisé à trouver, l'attention qu'il est souvent impossible d'attirer ou de maintenir.
Chez l'enfant normal, l'effort musculaire produit certainement une sensation agréable. Il aime à faire des mouvements