TICS
et à juger de leurs effets. Il les conçoit souvent faussement, se croyant capable de choses impossibles pour sa faiblesse et qu'il essaie sans hésiter et étonné de n'y pouvoir réussir. Chez les idiots inférieurs, cet amour du mouvement ne se remarque guère. Le sens musculaire est pour ainsi dire impossible à étudier chez eux en raison du défaut de compréhension, et nous ne saurions nous prononcer à cet égard. Toujours est-il que chez les idiots profonds il paraît aussi obtus que les autres sensations . On les voit rester assis , inertes, sur leurs chaises ou dans leurs lits sans faire aucun mouvement. Mais c'est le plus petit nombre. La majorité a des mouvements continuels au contraire ; mais ces mouvements ont ceci de particulier, qui les distingue de ceux de l'enfant normal, qu'ils sont en quelque sorte rythmés, cadencés, que ce sont des mouvements automatiques, en d'autres termes, des tics. Il faut bien les distinguer des mouvements spasmodiques qu'on peut observer également en conséquence de lésions cérébrales. Ils sont extrêmement variés et il est impossible d'en entreprendre une description complète. Les principaux consistent dans un balancement antéro-postérieur ou latéral du tronc, ou dans des balancements simultanés de la tète et du Ironc, accompagnés le plus souvent d'un chantonnement, toujours le même, ou d'un cri intermittent, ou d'un mot appris jadis et dernier vestige de leur langage.
Voici quelques exemples de tics pris au hasard : X... met les doigts de la main droite dans la bouche et avec le pouce de la même main frappe ses dents. — Y. aime à faire aller vivement les mains devant lui, ou à faire le geste de prendre quelque chose sur ses genoux.— Z. a un léger balancement latéral de la tête, puis il pousse un petit cri : néain, nêain — ou bien il fait sortir sa langue, la retourne en crochet et lui
fait toucher son nez qu'il semble chatouiller, en louchant. — A... se donne des coups de poing sur les joues, des gif fies, se pince à pleines mains, se mord l'avant bras. — B... se suce le dos de la main jusqu'au sang. — D'autres grincent des dents ou font des grimaces continuellement. On en pourrait citer comme cela des pages sans profit. Ces mouvements automatiques leur procurent-ils du plaisir; il serait douteux de l'affirmer. Quelques-uns cependant pleurent quand on les leur empêche, et d'autre part on peut penser qu'ils éprouvent une satisfaction inconsciente à les exécuter. Mais cette satisfaction a-t-elle quelque chose d'analogue à celle de l'enfant normal? Assurément non. Car l'enfant en faisant un mouvement a un but, si peu proportionné qu'il soit à son mouvement, et la satisfaction est en rapport avec la façon dont il atteint ce but. Or chez l'idiot, non seulement ces tics, mais bien d'autres mouvements, n'ont absolument aucun but. Cela suffit même quelquefois à révéler leur état. Il en est en effet dont la physionomie et le geste n'offrent rien de bien particulier, mais dont la répétition constante, illimitée, incessante, sans motif, sans but, des mouvements, montre bien qu'ils obéissent à un besoin d'activité automatique et non intelligente.
La difficulté qu'ont la plupart à associer des mouvements dans un but déterminé est du reste très caractéristique, et n'est pas du tout en rapport avec le degré intellectuel. C'est ainsi qu'on voit par exemple des idiots sachant parler, lire, et quelquefois même écrire, et qui sont incapables de s'habiller seuls. Cette difficulté de l'habillement s'observe aussi fréquemment chez les imbéciles même âgés. Il est vrai que souvent c'est la faute des éducateurs qui se bornent à donner des notions générales et peu pratiques. Il faut assurément suivre le conseil de Séguin, quoiqu'il aille un peu trop loin,