ATTENTION DE L'IDIOT
L'éducation repose presque exclusivement sur la mise en jeu de l'attention volontaire; et Ribot distingue trois périodes dans la formation de cette attention :
4° L'éducateur n'a d'action que sur les sentiments simples : cruauté, tendances égoïstes, attrait des récompenses, émotions tendres et sympathiques, curiosité, etc;
2° L'attention est suscitée et maintenue par des sentiments de formation secondaire : amour-propre, émulation, ambition, intérêt, devoir, etc. ;
3° Période d'organisation : l'attention est suscitée et maintenue par l'habitude.
Passons en revue ces trois degrés et voyons ce qu'il en est chez les idiots. Chez l'idiot profond, l'attention est réduite à sa simple expression; on peut presque dire qu'elle n'existe pas. La vue des aliments seule a quelquefois le privilège de le faire sortir de son indifférence. Quelquefois aussi on arrive par surprise à déterminer chez lui une lueur d'attention passagère qui s'éteint plus rapidement encore qu'elle n'est apparue. A l'audition d'un bruit brusque et fort, par exemple, l'idiot se retourne ou tourne simplement, les yeux, puis retombe dans son impassibilité habituelle dont rien ne peut plus le faire sortir. D'idées, il n'en a pas ; de sentiment, il n'en a pas; de sensations, il en a à peine. Le seul besoin qu'il ressente vaguement, est celui de la faim. C'est aussi l'aliment qui attire le premier l'attention de l'enfant nouveau-né. La sensation de la faim, le sentiment du besoin satisfait qui s'associe avec la sensation du contact du mamelon, constituent presque seuls ses connaissances. Mais au lieu de s'en tenir là, il progresse rapidement. L'idiot, au contraire ne va pas plus loin II a beau grandir, se développer, son horizon intellectuel et sensitif
ne paraît pas s'élargir. Il est comme un enfant en Las âge avec cette différence toutefois que chez ce dernier, tout dans sa manière d'être indique que l'intelligence est susceptible de se développer sous l'influence des impressions qu'elle reçoit de l'extérieur, tandis que chez l'idiot, on s'aperçoit facilement qu'elle en est incapable. C'est ce qui donne un caractère si spécial à l'idiot dès le début de son existence, à l'idiot congénital, bien entendu. Nous avons déjà indiqué sur quoi se fondent les parents pour porter ce triste pronostic sur leur enfant. C'est une question d'impression générale plus encore que de détail. Mais si on analyse les choses, on voit que, en fin de compte, ce qui frappe dès l'abord, c'est en toutes choses le défaut d'attention. On cherche à attirer la vue de l'enfant, il détourne la tète d'un autre côté ; on fait du bruit à sou oreille, il continue à regarder devant lui comme s'il Savait rien entendu. On met sous ses yeux un aliment, et son désir ne s'éveille pas ; on lui fait sentir une odeur désagréable, et il ne la repousse pas. Plus on y réfléchit, plus on analyse ce qu'on observe chez les idiots, plus on est convaincu de la lésion fondamentale de l'attention.
Chez les idiots simples on peut rencontrer une attention spontanée capable d'être développée et même transformée en attention volontaire. En d'autres termes, les idiots simples sont éducables, tandis que les idiots profonds ne le sont pas, et cela tient uniquement à la présence ou à l'absence d'attention. Cette remarque n'est du reste pas propre à l'idiot, et on peut la faire chez les animaux qu'on cherche à dresser. Darwin avait remarqué que des singes inattentifs qu'on essayait de dresser par des punitions devenaient rétifs, tandis que les singes attentifs pouvaient toujours être dressés.
Ches les idiots simples, l'attention dont ils sont suscep-