DISCIPLINE ET ATTENTION
à réparer le mal qu'ils ont causé d'abord et à combler en partie du moins les dépenses qu'on fait pour les mettre hors d'élal de nuire.
L'indiscipline, la paresse et la faiblesse de l'attention, parallèle à celle de l'intelligence vont donc de pair. C'est ce qu'on remarque d'une façon très nette chez les idiots. Plus ils sont faibles d'ecprit, moins ils sont attentifs, plus ils sont paresseux, indisciplinables, inéducables. Les sentiments affectifs capables de mettre en jeu leur attention volontaire sont tellement faibles qu'ils échappent à la répression, à la crainte, au châtiment auquel ils restent indifférents, l'expérience étant pour eux lettre morte, les phénomènes restant à l'état isolé, ne se coordonnant pas, ne s'associant pas, ne déterminant pas d'idée abstraite. D'autres au contraire se disciplinent assez bien et peuvent apprendre un métier. Si on compare les premiers aux sauvages, on voit que les seconds commencent à se civiliser. Mais nous ne saurions souscrire néanmoins à l'opinion des criminalistes italiens qui voient là des cas d'atavisme. Il y a cette différence énorme entre les primitifs et les individus qui nous occupent que chez les premiers, l'apparition de l'attention volontaire et du travail indique le développement progressif de leur intelligence, tandis que chez les seconds le même état de l'attention n'est qu'un résidu et indique leur dégénérescence intellectuelle et morale.
L'opinion de M. Ribot que l'attention volontaire est un phénomène sociologique, qu'elle est une adaptation aux conditions d'une vie sociale supérieure, qu'elle est une discipline et une habitude, nous semble donc absolument fondée. Mais au point de vue social, lorsque le développement de l'attention volontaire est aussi rudimentaire que chez les
idiots et qu'il entraîne une défectuosité intellectuelle aussi considérable que la leur, il n'en résulte pas de conséquences très fâcheuses. Les idiots ne sont pas très dangereux, et d'autant moins que le plus souvent leur état mental oblige à les placer dans des asiles pour toute leur vie. Chez les imbéciles au contraire, l'attention volontaire existe dans certaines limites, mais il est impossible de la fixer. L'intelligence relative qui l'accompagne et qui est faussée dans son développement, ainsi que nous le verrons plus loin, en fait des êtres souvent dangereux, et cela d'autant plus qu'à l'inverse des idiots, leur état psychique permet fréquemment de les laisser en liberté. Aussi pensons-nous pouvoir dire qu'au point de vue social, les idiots sont des extra-sociaux , tandis que les imbéciles sont des anti-sociaux, et nous pensons que la suite de cette étude le démontrera amplement.
En attendant, examinons l'état de l'attention chez l'imbécile.
L'attention existe chez lui, mais s'il n'y avait qu'une différence de degré toujours difficile à apprécier, avec celle des idiots d'une part, et celle des gens normaux de l'autre, nous n'aurions pas pris cette base de classification. Mais nous pensons qu'il y a un autre caractère à considérer que son intensité, et ce caractère, c'est son instabilité, alors même que, par moments, elle pourrait être aussi faible que celle des idiots, ou aussi forte que celle des individus normaux.
L'imbécile aune attention intermittente avant tout. Il passe d'un sujet à un autre avec la plus grande facilité, sans qu'aucun lien réunisse les choses qu'il dit. Tout jeune on le voit, quand on l'interroge, tourner ses regards et porter ses mains sur tous les objets qui l'entourent et ne vous répondre qu'après qu'on lui a fait plusieurs fois de suite la même question.