‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 53 sur 213 · INSTABILITÉ DE L'ATTENTION · texte numérisé non relu

INSTABILITÉ DE L'ATTENTION

A peine vous ont-ils répondu par quelques mots jetés sans réflexion, qu'ils recommencent leur manège, ou se mettent à bavarder ou à chanter. Ils font répéter continuellement ce qu'on leur dit quand on leur parle de choses sérieuses qui réclament par conséquent leur attention volontaire. Dans la conversation entre camarades, cela n'arrive jamais. Ils parlent avec volubilité, font des coq-à -l'âne continuels, n'attendent pas pour répondre que la question soit finie, ce qui montre bien que leur attention est seulement frappée du premier coup, et qu'ils sont même incapables de la soutenir assez pour entendre jusqu'au bout ce qu'on veut leur dire. S'ils ne répondent pas avant que vous ayez uni votre question, ce n'est pas une raison pour qu'ils vous répondent en fin de compte à ce que vous leur avez demandé. Ils n'ont retenu que le début et se sont fait aussitôt une idée de ce qu'ils s'attendent à voir suivre. Dès lors, ils ne vous écoutent plus, et dès que vous avez fini, ils se répondent à euxmêmes plutôt qu'à vous. Sans cesse ils vous coupent la parole. Leur esprit de curiosité lui-même ne les sert pas mieux. Lorsqu'on se promène avec eux en leur donnant des explications de ce qu'ils rencontrent, ils vous assaillent de questions ; on n'a pas le temps de répondre à l'une que déjà ils vous en ont posé une autre.

Cette instabilité de l'attention pour les choses extérieures ou les idées se rencontre aussi prononcée dans les actes. Aussi les imbéciles sont-ils incapables de bien travailler, peut-être moins même que certains idiots. Chez ces derniers, en effet, on peut arriver à déterminer une sorte d'automatisme qui leur fait accomplir machinalement une besogne déterminée et toujours la même. N'allez pas la leur faire modifier d'euxmêmes dans un cas particulier, ils en sont incapables. Le but en vue duquel ils travaillent paraît leur échapper. Si on leur

commande, par exemple, de meltre un clou quelque part, il faut leur dire quel clou prendre, de combien l'enfoncer. Ils savent ce que c'est qu'un clou, ce que c'est que de l'enfoncer, comment on s'y prend, à quel usage on le destine. Mais quant à chercher à résoudre pourquoi on le choisit de telle dimension, pourquoi on le place ici plutôt que là, ils ne le font pas. Ils voient l'acte immédiat à exécuter, ils ne voient pas le but, et par conséquent l'enchaînement des actes successifs qu'ils font.

L'imbécile agit différemment. Il est capable de comprendre le but à atteindre; il ne doute même pas de l'atteindre et tout de suite, du premier coup. Il voit quel est le premier acte qu'il doit accomplir, mais la série consécutive d'actes pour arriver au but lui échappe. Son attention, vive au début, perd bientôt de sa force et glisse sur un autre sujet. Il semble oublier ce qu'il a commencé. Aussi, après un début qui paraît convenable, le voit-on tout à coup faire les choses de travers. Une excitation extérieure ou intérieure est venue à la traverse et a attiré son attention ailleurs. Dans ces conditions, un bon travail est chose presque impossible. Aussi lors • qu'ils ne sont pas constamment surveillés, dirigés, gâchentils ce qu'ils font, et en général, ils ont la prétention de tout entreprendre.

D'autres imbéciles au contraire, tout en ne doutant de rien, n'entreprennent aucun travail malgré toutes les excitations possibles. Ils restent des journées à ne rien faire, à regarder les autres travailler, à leur donner souvent des conseils sur la manière de s'y prendre, et finissent par croire qu'ils sont des gens très occupés, parce qu'ils vont et viennent, et gênent les autres dans leur travail. Si les premiers travaillent mal, ceux là ne travaillent pas du tout.

Sous le rapport de l'attention, on peut aussi diviser les

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