FUGUES
imbéciles en deux catégories ; les distraits dissipés et les distrain absorbés, ceux-ci beaucoup moins nombreux que ceux-là.
Cette instabilité de l'attention spontanée, cette difficulté de l'attention volontaire se rencontrent aussi chez les enfants. Mais tandis que chez eux l'âge amène rapidement le développement de l'attention, chez les idiots et les imbéciles il est très lent et atteint un degré qui contraste de plus en plus avec leur âge.
Nous disions plus haut que dans la classe des réfractaires au travail, des anti-sociaux, on pourrait placer les imbéciles à côté des vagabonds, des prostituées, des récidivistes. Ces individus, en effet, incapables de fixer leur esprit sur quoi que ce soit, avec quelque suite, vont à l'aventure, sans que rien les rattache à leur famille, à leur foyer, sans que l'idée de l'avenir, les préoccupations du lendemain, viennent leur montrer le chemin à suivre. Ce besoin de vagabondage est très développé chez les imbéciles. Ils partent sans savoir où ils vont, marcnent droit devant eux, profitant d'une porte ouverte pour quitter leur famille, sans se soucier de leurs moyens d'existence. Dans les asiles, on les voit souvent s'évader ainsi à deux ou trois, marchant le jour et la nuit, surtout la nuit pour se cacher dans le jour; allant demander du travail dans les fermes pour avoir le droit de coucher dans la grange, ou obtenir un morceau de pain; et cela, jusqu'à ce que, poussés par le besoin, ils arrivent dans une grande ville où on les arrête. Mais si la soif de liberté explique jusqu'à un certain point ces idées de vagabondage pour les imbéciles internés dans des asiles, on ne les comprend pas chez ceux qui trouvent dans leur famille tout le bien-être possible. C'est pourtant ce qui arrive.
M. X..., le fils d'un riche industriel, est devenu complète-
ment imbécile à la suite d'une fièvre typhoïde. Il est chez lui l'objet de toutes les attentions et de tous les soins et jouit de sa liberté. Néanmoins, il lui arrive fréquemment de quitter la maison pour errer à l'aventure dans la ville. Accompagné dehors, il quitte pour un motif quelconque la personne chargée de ce soin, et, au lieu d'aller la retrouver, il s'en va d'un autre côté sans savoir où le plus souvent. Ces fugues assez fréquentes chez les imbéciles tiennent vraisemblablement à leur instabilité naturelle.
L'indiscipline est chez eux un véritable caractère de leur état, qui s'allie du reste fort bien avec leur besoin de vagabondage. Aussi sont-ce toujours les mêmes, les plus mauvais sujets qui ne veulent rien faire ni à l'école ni à l'atelier, qui, dans les asiles, organisent les escapades, fomentent les petites insurrections contre les gardiens et entraînent les plus faibles à leur suite. Il semble qu'ils ne sont capables d'attention que pour faire le mal. Nous aurons, du reste, à propos des sentiments moraux, l'occasion de revenir plus amplement sur ce sujet, mais nous tenions à signaler ici le besoin de vagabondage dénotant chez eux une remarquable instabilité mentale qui se traduit par la même instabilité corporelle, le degré le plus léger consistant dans le besoin continuel de changer de place pour changer d'occupation, et le degré le plus élevé étant représenté par le vagabondage, comme se rattachant essentiellement à un trouble de l'attention.
A l'attention se rattachent encore deux phénomènes psychologiques particuliers: la réflexion qui est l'attention appliquée aux phénomènes intérieurs, et la préoccupation qui est l'attention absorbante, obsédante qui se projette toujours du passé dans l'avenir et qui a des causes extrêmement variées.