‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 61 sur 213 · IDIOTS GRIMPEURS · texte numérisé non relu

IDIOTS GRIMPEURS

de ceux que suggère la volonté, si faible qu'elle soit, ou le désir, qui est corrélatif du besoin.

Nous devons cependant à ce propos, et quelle que soit l'interprétation qu'on peut donner de ces faits, citer certaines manifestations motrices assez singulières qu'on observe chez les idiots. Nous voulons parler des grimpeurs et des tourneurs.

Tel est le cas d'un jeune idiot épileptique de dix ans, du service de M. Bourneville. Cet enfant qui avait eu des convulsions depuis l'âge de huit mois poussait des cris continuels que rien ne pouvait calmer depuis sa naissance jusqu'alors. Il ne prononçait pas d'autre mot que : maman. Jamais il ne marcha normalement. Il courait toujours; il se sauvait de chez lui dès que la porte était ouverte. Jamais il ne sut se servir de ses mains pour manger. Il savait cependant approcher sa chaise de la table. Comme tic, on constatait un balancement latéral du tronc. De plus, il était grimpeur; il montait sur tout, grimpait dans les arbres dès qu'on ne le surveillait pas. Cette manie de grimper n'était pas, comme on le voit, isolée, et il présentait d'autres particularités dans la sphère motrice, telles que les fugues et la manière de marcher en courant toujours, qui sont d'autant plus intéressantes que, d'autre part, on constatait une grande maladresse dans les mouvements des membres supérieurs. Quoique la préhension même des aliments lui fût impossible, en effet, il savait saisir suffisamment les objets sur lesquels il grimpait, pour ne pas tomber. Les mouvements des membres supérieurs n'étaient par conséquent normaux que lorsqu'ils étaient associés à ceux des membres inférieurs dans l'acte de grimper, comme s'il y avait un centre spécial pour cet acte, centre qui aurait été épargné dans le cas particulier et agi d'une façon en quelque sorte supplémentaire par rapport aux autres centres moteurs.

Nous avons aussi rencontré dans le service de M. Bourneville des exemples d'idiots tourneurs. L'un d'eux, âgé de sept ans était complètement idiot et gâteux, présentait de la rumination pour les liquides, de l'onanisme, des accès de colère, des tics. Son odorat éf ait très fin; il sentait tout ce qu'on lui donnait et le rejetait si l'odeur ne lui plaisait pas. Par moments, sans aucun motif apparent, il se mettait à tourner sur lui-même pendant très longtemps.

L'autre âgé de onze ans, idiot et gâteux, à langage rudimentaire, sait à peine se servir de la cuiller pour manger, ne sait ni s'habiller ni se laver. Il aime casser, déchirer avec ses dents ou ses mains. Ce qu'il aime surtout, c'est tourner sur lui-même jusqu'à ce qu'il tombe en prononçant d'une façon incessante : ba, ba, ba. — On ne sait jusqu'ici à quoi altribuer ce phénomène. Ils sont à rapprocher des actes automatiques des épileptiques, et vraisemblablement, ils sont en rapport avec des lésions plus ou moins localisées des centres nerveux bien plutôt qu'avec le besoin de mouvement.

L'instinct de locomolion est une forme du besoin d'activité musculaire. Il ne se manifeste guère normalement que vers le neuvième ou le dixième mois. Nous en avons déjà parlé dans le chapitre précédent et nous avons montré comment, -en raison bien entendu de l'état anatomique et physiologique de la moelle et du cerveau, le défaut d'attention rendait difficile l'éducation de la marche, combien elle était en général retardée chez les idiots, au point même de n'être jamais possible. Le besoin de se déplacer est subordonné aussi au désir de se mettre en rapport plus ou moins immédiat avec la chose et les personnes qui vous entourent. Or, chez les idiots profonds où rien n'excite ni sentiment ni idée, ce désir n'existe pas. Dès que s'esquisse au contraire un désir, si confus qu'il soit, l'instinct de locomotion apparaît en même

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