INSTINCT SEXUEL
temps. C'est par exemple ce qui se passe quand l'idiot reconnaît ses aliments. Il s'agite alors sur sa chaise, pousse des cris, tend les mains, cherche à se rapprocher d'eux. Aussi est-ce là un procédé employé pour le forcer à se tenir sur ses jambes et à progresser. A mesure que le niveau intellectuel et moral s'élève, cet instinct de locomotion se développe de plus en plus, quoique toujours retardé. Nous n'insisterons pas sur ce point déjà traité. Nous tenions seulement à faire remarquer combien l'instinct de locomotion est intimement lié aux autres instincts, se développe en conséquence de celui de la conservation personnelle (aller au-devant des aliments, ou fuir le danger), mais principalement à l'instinct de nutrition auquel il semble subordonné.
Nous avons dit que cet instinct établissait le trait d'union entre les besoins purement individuels et ceux qui intéressent l'espèce. A cet égard, aucun autre ne saurait être comparé à l'instinct sexuel. Celui-ci, chez les individus éduqués, intelligents et moraux, au lieu de se manifester ouvertement ■comme chez l'animal, est au contraire l'objet de nombreux freins. Chez l'idiot, ces freins intellectuels et moraux n'existant pas, il se donne libre cours ; mais le plus souvent, il présente des anomalies ou des perversions. Il peut être en effet rudimentaire ou nul, exagéré ou perverti, et bien que cette dernière modalité soit plutôt du ressort de la pathologie, on ne peut se dispenser d'en parler ici, à cause de l'intérêt qu'elle présente tant au point de vue physiologique qu'au point de vue médico-légal.
En ce qui concerne le plus ou moins grand développement de l'instinct sexuel, on observe des variétés considérables entre les idiots et les imbéciles. Ici encore, la distinction est bien tranchée et nous y retrouvons toujours les mêmes carac-
tères : absence ou rudiment chez l'idiot suivant le degré d'idiotie; exagération, perversion ou inversion chez l'imbécile. L'idiot est là encore un extra-social; l'imbécile est le plus souvent un anti-social. Cette observation en ce qui concerne l'instinct sexuel, est, bien entendu, simplement générale et ne saurait s'appliquer rigoureusement à tous les idiots ni à tous les imbéciles sans distinction.
Parmi les causes de plus ou moins grand développement de l'instinct sexuel, il faut considérer d'abord l'état des organes génitaux. Chez l'idiot, la puberté est retardée d'une façon générale et souvent dans des proportions considérables. Quelquefois même elle n'apparaît jamais, et certains idiots présentent toujours un état d'infantilisme qui porte d'ailleurs sur tout leur organisme. Les organes génitaux sont souvent mal conformés. Dans un travail fait avec le Dr Bourneville1, nous avons examiné sous ce rapport 758 idiots ou imbéciles avec ou sans épilepsie et nous sommes arrivés aux conclusions suivantes : les anomalies des organes génitaux chez les idiots el les imbéciles sont extrêmement fréquentes si on les compare avec ce qui se rencontre chez les individus bien équilibrés. Les aptitudes génésiques des idiots sont très atteintes si on en juge par le grand nombre de cas de cryptorchidie. Les anomalies qu'ils présentent consistent en phimosis, hypospadias, varicocèle, arrêts de développement ou atrophie d'un ou des deux testicules, ectopie testiculaire uni ou bilatérale, conformation vicieuse de la verge (en massue ou tordue). Chez les imbéciles, les anomalies bien qu'encore plus fréquentes que chez les individus normaux, sont loin de l'être autant que chez les idiots, et sont surtout moins graves, moins incompatibles avec l'acte sexuel. La
1. Bourneville et Sollier ; Des Anomalies des organes génitaux chez les idiots et les épileptiques (Progrès médical 1887).