‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécile (volume 2)Chapitre 63 sur 213 · PERVERSIONS DE L'INSTINCT SEXUEL · texte numérisé non relu

PERVERSIONS DE L'INSTINCT SEXUEL

puberté, par suite, n'offre souvent pas de retard et même elle se montre quelquefois d'une façon très précoce, les imbéciles présentant souvent un développement physique très considérable.

Chez les idiots gâteux, incurables, il n'y a pas d'instinct sexuel à proprement parler, car on ne saurait regarder comme une manifestation de cet instinct l'onanisme auquel la plupart se livrent. Chez les idiots éducables, l'instinct sexuel peut apparaître, mais reste toujours affaibli; quoique quelquefois il soit anormalement développé et perverti, jamais normal, par conséquent. Quant aux imbéciles, ils sont souvent d'une précocité extraordinaire, et en même temps, c'est chez eux qu'on rencontre le plus de perversions sexuelles. Parmi les perversions de l'instinct sexuel, la plus fréquente et la plus précoce est l'onanisme. L'énorme majorité des idiots se masturbent, mais il y a lieu de faire entre eux une importante distinction : les uns se masturbent automatiquement; les autres savent ce qu'ils font et y cherchent une satisfaction sensuelle.

C'est parmi les premiers que se rangent ces petits idiots de deux ou trois ans qui se masturbent pour ainsi dire continuellement. C'est chez eux un tic comparable à tous les autres qu'ils présentent. Il est évident que les appétits génésiques ne sont pour rien dans cet acte. Souvent même il y a cryptorchidie ou anorchidie complète, ce qui est bien peu compatible avec l'instinct génésique. Mais nous avons dit que certains idiots mettaient en jeu dans leurs tics une sensibilité exquise. Or il est peu de points du corps qui soient doués d'une sensibilité aussi fine et aussi spéciale que les organes génitaux. Rien d'étonnant dès lors à voiries idiots éveiller cette sensibilité tactile.

Cette masturbation automatique ne se rencontre à un

certain âge que chez les idiots absolument complets. Mais on peut la voir chez de tous jeunes idiots ou imbéciles, au même titre que chez certains enfants d'intelligence normale cependant. Dans ce cas on voit souvent cette habitude disparaître avec l'âge, particulièrement au moment de la puberté, ou sous l'influence de l'éducation. Si les enfants idiots éprouvent dans ces conditions une certaine satisfaction sensuelle, ce n'est pas cependant le véritable plaisir sexuel. Celui-ci ne s'observe ordinairement que lorsque les organes génitaux sont arrivés à ce degré de développement qui marque la puberté. Il en est cependant chez lesquels l'instinct sexuel véritable prend un développement extraordinairement précoce. Nous avons plus d'une fois observé des idiots d'un niveau intellectuel assez inférieur, éprouver dès l'âge de quatre ou cinq ans, du plaisir au contact des petites filles ou des femmes. Il en est qui cherchaient à violenter leur petite sœur ou à lui faire des attouchemants obscènes. Tel autre que nous avons connu s'en prenait à sa mère dont il soulevait les jupons. Que de fois dans les asiles d'idiots n'en voit-on pas qui cherchent à faire des attouchements à leurs infirmières et qui aiment leur contact, ce qui les met, du reste, dans un état d'excitation générale. On observe en effet ces tendances plus fréquemment vis-à-vis de femmes ou de jeunes filles que vis à-vis d'enfants de leur âge. C'est ce qui semble bien prouver que c'est véritablement l'instinct sexuel qui est enjeu. Du reste, chez l'enfant normal, l'émotion sexuelle existe plus souvent qu'on ne croit et bien avant le développement de la puberté. Elle n'en est donc pas la conséquence directe.

Mais si ces perversions de l'instinct sexuel se montrent assez souvent chez les idiots, elles sont encore bien plus manifestes chez les imbéciles. L'onanisme est peut-être moins

TRIVIALITE 95

fréquent chez eux que chez les idiots jusqu'à l'âge de la puberté; mais à partir de ce moment, c'est l'inverse qui se produit, et dans ce cas, c'est sous l'influence du besoin sexuel , c'est pour se procurer la satisfaction sexuelle qu'ils le pratiquent. Les filles, sous ce rapport, sont absolument comparables aux garçons. Nous en avons vu une à Bicêtre, qui, à force de se masturber en se frottant les cuisses l'une contre l'autre (c'est leur procédé le plus habituel) avait fini par se déterminer un érythème sur la face interne des deux cuisses. Cet érythème ne l'avait pas fait cesser et elle persista si bien que toute la peau se sphacéla et que la plaie ne put jamais se cicatriser complètement.

Ils pratiquent fréquemment l'onanisme à deux, le plus souvent entre imbéciles, mais la sodomie est également pratiquée. Beaucoup d'imbéciles forment de véritables ménages. Lorsqu'ils choisissent un idiot, celui-ci est ordinairement passif. Mais passons sur ces faits et bornons-nous à signaler en somme la fréquence des perversions du sens génésique chez les imbéciles.

Un point plus intéressant à signaler, c'est le caractère trivial, grossier des imbéciles. Ils aiment à dire des obscénités, surtout devant les femmes, en les accompagnant le plus souvent de gestes non moins grossiers que leurs paroles. La trivialité n'est donc pas, pensons-nous, une simple convention. Elle répond à un état psychique spécial. C'est une tendance particulière de l'esprit, qui choque précisément les gens pondérés et bien développés, parce qu'elle est le résultat d'un développement psychique anormal, tout comme une idée délirante nous choque. La trivialité ne s'acquiert pas. C'est une tendance spéciale qui s'observe surtout chez les dégénérés; elle leur est naturelle comme le bon ton l'est aux esprits normaux. Ce n'est pas une tendance

naturelle de l'esprit humain corrigée par la civilisation. L'imbécile, sous ce rapport, n'est donc pas un primitif, arrêté à un stade antérieur du développement moral. Ce n'est pas un développement moral enrayé, mais faussé, dévié de sa direction normale.

Les imbéciles du sexe féminin, sans présenter une aussi grande exagération du sens génésique ni des perversions aussi marquées que les hommes, sont cependant très développées aussi sous le rapport de l'instinct sexuel. Mais au lieu d'êtreactives, elles sont plus souvent passives. Marie B... est une imbécile de vingt-deux ans, grande, mal bâtie, blésant légèrement. Elle se croit la plus intelligente de toutes ses compagnes. Elle s'est livrée à treize ans, à un domestique de son père, et depuis elle a eu des rapports très fréquents avec d'autres hommes rencontrés dans les mêmes conditions. Elle se figure être aimée et demandée en mariage par tous les hommes qu'elle voit, quelle que soit leur position sociale. Elle se met aux fenêtres pour envoyer des baisers aux hommes qu'elle voit passer, se livre fréquemment à l'onanisme et a des accès de violence et d'excitation si on l'empêche d'aller trouver les hommes qui pourraient se trouver dans la maison et auxquels elle se livrerait, au premier désir qu'ils en exprimeraient.

L'absence de sens moral, l'impétuosité de leur instinct rendent les idiots et surtout les imbéciles capables de toutes les tentatives sur les femmes et ce sont eux dont les crimes bizarres accomplis après le viol excitent souvent la curiosité publique par leur caractère étrange. — Chez les femmes, on observe une inconscience absolue dans la sphère morale, et non seulement elles se livrent, elles s'abandonnent au premier venu, mais bien souvent même, ce sont elles qui s'otfrent à lui. On comprend dès lors, combien il est utile,

Page 1